Nokia va supprimer 5.000 à 10.000 emplois

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Nokia a annoncé mardi un vaste plan de suppression de 5.000 à 10.000 emplois sur deux ans, soit jusqu’à 11% de ses effectifs, alors que le groupe réduit ses coûts à marche forcée et change sa stratégie face à la rude concurrence de ses rivaux, notamment le suédois Ericsson et le chinois Huawei. Au terme de cette restructuration, Nokia prévoit d’avoir «80.000 à 85.000 employés d’ici 18 à 24 mois, contre environ 90.000 aujourd’hui. Le nombre exact dépendra de l’évolution du marché dans les deux ans à venir», écrit l’entreprise dans un communiqué. Après le rachat de son concurrent franco-canadien Alcatel-Lucent en 2016, les effectifs du groupe, qui est sorti en 2013 de son activité historique de fabrication de téléphones mobiles, étaient repassés au-dessus des 100.000 personnes. Des réductions d’effectifs et d’importantes coupes dans les coûts sont déjà en cours, notamment en France, où Nokia est en train de supprimer dans la douleur un millier d’emplois hérités d’Alcatel-Lucent. Ce volet français, objet d’un bras de fer avec le gouvernement et qui a été atténué de 250 suppressions de postes en octobre, ne sera pas alourdi, ont assuré mardi le siège et la direction française de Nokia. «La France est exclue (des nouvelles suppressions de postes) en raison de la restructuration précédemment annoncée», a déclaré une porte-parole. Quant aux autres pays concernés, «il est trop tôt» pour les désigner «car nous venons d’informer les représentants du personnel et prévoyons de commencer les processus d’information sous peu», a-t-elle précisé. La Finlande devrait être largement épargnée, selon Nokia. Selon les médias finlandais, des négociations sociales vont débuter pour 314 postes dans le pays nordique. En Allemagne, les suppressions devraient porter sur 375 postes cette année, soit 12% de l’effectif dans le pays, a indiqué un représentant du syndicat IG Metall. Numéro trois mondial des réseaux 5G, le groupe dirigé depuis août par Pekka Lundmark lutte depuis des années pour rester au contact de ses principaux concurrents, le suédois Ericsson et surtout le chinois Huawei, devenu de loin numéro un mondial du secteur. Selon les analystes, le groupe a peiné à convertir des contrats 4G en nouveaux accords 5G et souffre d’une mauvaise compétitivité sur les prix par rapport à ses concurrents. «Des décisions qui ont un impact potentiel sur nos employés ne sont jamais prises à la légère. S’assurer que nous avons la bonne configuration et les bonnes capacités est un pas nécessaire pour fournir une performance durable de long terme», a plaidé le PDG. Depuis son arrivée l’été dernier à la place de Rajeev Suri – qui était à l’origine du rachat d’Alcatel-Lucent – M. Lundmark a fait de la 5G la priorité absolue de Nokia, se disant prêt à «investir tout ce qu’il faut pour gagner» dans ce domaine. Le plan annoncé mardi doit entraîner une baisse des coûts de Nokia «d’environ 600 millions d’euros d’ici la fin 2023», destinés à financer des investissements dans la recherche et développement et des «capacités futures» explique le groupe finlandais. Les frais de restructuration devraient eux avoisiner les 600 à 700 millions d’euros, là aussi d’ici 2023, selon Nokia. Le plan fait suite à la réorganisation déjà annoncée du groupe en 4 branches d’activité. Nokia, qui a subi une lourde perte en 2020 liée à une charge exceptionnelle en Finlande, avait prévenu le mois dernier qu’il prévoyait des «vents contraires» en 2021, notamment dans la 5G en Amérique du Nord. L’an passé, Nokia a notamment perdu un important contrat avec Verizon aux Etats-Unis et a eu du mal à s’implanter sur le marché chinois, le plus important pour la 5G. Avec une capitalisation boursière dépassant à peine 20 milliards d’euros, Nokia est considéré comme une cible potentielle de rachat, malgré de nombreux démentis. D’autant que les Etats-Unis, engagés avec des pays alliés dans une stratégie anti-Huawei, n’ont plus d’acteur majeur de la 5G.