O. ZEGNA RATA (SPI) : «Présenter la suppression de la redevance sans alternative, c’est scandaleux !»

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«Stupéfaction» et «incrédulité» face à une suppression brutale de la redevance. Tels sont les mots employés par le SPI, Syndicat des Producteurs Indépendants, suite au discours de plusieurs candidats à l’élection présidentielle. L’occasion de nous entretenir avec Olivier ZEGNA RATA, Délégué Général du SPI.

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Plusieurs candidats à la Présidentielle souhaitent une «suppression de la redevance». Quelle est votre réaction ?

Olivier ZEGNA RATA

Tout d’abord, le SPI exprime sa stupéfaction et son incrédulité. Ce sont des mots faibles. On aurait pu parler de colère et d’accablement. Cela fait 10 ans que l’on demande, à l’instar des autres pays européens, de réformer la redevance pour la doter d’une assiette plus logique que la simple détention d’un écran de télévision. La redevance ne finance pas que la télévision mais tous les médias publics. Il est également essentiel que ce financement soit indépendant du budget de l’État. L’indépendance permet des positions parfois contrariantes pour le pouvoir exécutif. De plus, dans un contexte d’hyper-concentration des médias et d’emprise croissante des plateformes numériques, les deux plus gros groupes audiovisuels TF1 et M6 s’apprêtent à fusionner. Il va y avoir une réduction significative du pluralisme. Face à ça, nous aurons  un audiovisuel public aux ordres, une sorte de télévision d’État qui perd toute crédibilité.

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Le fonctionnement démocratique d’une télévision publique perd donc en substance sans redevance ?

Olivier ZEGNA RATA

Bien sûr ! C’est la raison pour laquelle il y a une ressource affectée pour garantir l’indépendance, et qui ne peut pas être utilisée à autre chose. Il est surprenant de voir que cette réflexion n’a pas été évoquée par le Président de la République dans sa prise de parole. Il pouvait très bien vouloir faire évoluer la redevance actuelle pour qu’elle soit perçue autrement. Mais présenter la suppression de la redevance sans alternative et sans substitut présentant les mêmes garanties pour l’indépendance de la radio et de la télévision publique, c’est scandaleux ! Le deuxième élément de cette colère, c’est qu’il faut bien voir que nous sommes dans une compétition mondiale des programmes. Ces derniers visent à peupler les imaginaires de nos contemporains. Il y a deux solutions à cela : soit nous le faisons nous-mêmes avec nos propres images, références et cultures. Dans ce cas-là, la France restera souveraine sur le plan culturel et continuera d’avoir une pluralité d’identités. Soit, nous n’en sommes plus responsables, et par conséquent, les grands groupes de production et de distribution anglo-saxons prendront la main. On ne peut pas avoir toujours le mot «souveraineté» à la bouche et tirer une balle dans le dos de la production française.

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Quel rapport avec la redevance ?

Olivier ZEGNA RATA

La télévision publique finance plus de la moitié des documentaires fabriqués en France. La redevance finance pour plus de la moitié des fictions produites dans l’Hexagone. C’est la première télévision en clair qui finance le cinéma. On ne peut pas dire que l’on va supprimer la redevance, sans dire par quoi on la remplace. Ce que l’on fragilise brutalement, c’est notre capacité à fabriquer notre imaginaire de demain.

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Le SPI défend la nécessité impérieuse de réformer l’assiette et le montant de la contribution à l’audiovisuel. Pouvez-vous préciser ?

Olivier ZEGNA RATA

Il est obsolète de dire que la redevance est liée à la télévision. L’assiette doit être réformée. Elle a un caractère aussi un peu injuste puisqu’elle frappe tout le monde de la même manière. Il faudrait que le montant soit évidemment progressif en fonction des revenus du foyer. Les plus défavorisés ne devraient pas la payer. Ce sont des dispositions qui existaient pour l’ancienne redevance, mais qu’il faut adapter et innover. Les Allemands ont choisi un système formidable. Sont redevables à la redevance audiovisuelle, non seulement tous les foyers mais aussi les implantations physiques des entreprises, moyennant quoi ils ont beaucoup élargi l’assiette. Ainsi, le coût de la redevance peut être réduit pour tous. Outre-Rhin, c’est McDonald’s qui est le premier contributeur à la redevance.