S. SITBON-GOMEZ (France Télévisions) : « Nous donnons la priorité au renforcement des week-ends »

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Nouvel élan éditorial pour France Télévisions. Force de propositions, le groupe audiovisuel public lancera, d’ici à février, une dizaine de nouveaux programmes visant à faire rayonner l’ambition des antennes autour de thématiques variées comme l’info, le bien-être, la culture, le débat et la connaissance. Entretien avec Stéphane SITBON-GOMEZ, Directeur des antennes et des programmes du Groupe France Télévisions, qui nous explique la stratégie mise en place.

MEDIA +

Fort renouvellement de vos grilles, qu’est-ce qui a guidé vos choix ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

Il y a deux idées fortes. Les grilles de France Télévisions se portent bien. Les audiences de 2020 n’ont jamais été aussi bonnes. France 2 bat son record depuis 2015. Les publics sont donc au rendez-vous. La tentation dans nos métiers est de vouloir toujours tout réinventer. Mais ça n’a pas été mon objectif. Le premier enjeu a été de consolider ce qui fonctionne, de stabiliser les rendez-vous avec le public. La télévision est un média d’habitude. C’est pourquoi, il était très important de ne pas déstabiliser les habitudes du public. En revanche, il y a un sujet de renouvellement et d’innovation. Le deuxième enjeu a été de solidifier nos zones de faiblesse, à savoir donner la priorité au renforcement des week-ends et à la réinstallation de rendez-vous en deuxième partie de soirée.

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Pourquoi réinvestir le week-end ? Est-ce devenu un axe stratégique ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

Bien sûr ! C’est devenu un axe stratégique dans le contexte concurrentiel actuel. Cela fait des années que les week-ends de France Télévisions sont reconnus comme étant plus faibles. D’ailleurs, quasiment toutes les chaînes linéaires ont désinvesti l’offre du week-end. Or, dans une période de vieillissement du média, de montée en puissance des plateformes, le week-end est le moment idéal pour aller chercher un nouveau public, plus familial, plus large, plus actif. Il était important de donner plus de souffle sur la fin de semaine en abordant de nouvelles thématiques. Nous avons ainsi rééquilibré l’investissement sur les programmes entre la semaine et le week-end.

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Une dizaine de programmes seront lancés d’ici à début février, pourquoi autant ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

L’enjeu est de montrer que la télévision est vivante. Le média est capable de se régénérer, de se réinventer, d’aller chercher de nouvelles thématiques et de faire émerger de nouveaux visages. Notre ambition est d’être dans la reconquête et l’innovation. C’est un signal que nous envoyons au public. Les nouveautés ne viennent en rien déstabiliser les habitudes de nos fidèles téléspectateurs. La plupart de nos nouvelles émissions sont installées sur des cases qui proposent habituellement des rediffusions ou moins d’inédits.

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C’est le cas de quels programmes ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

Nos deux nouvelles quotidiennes sur France 5 : «C Jamy», un magazine ludo-éducatif et familial porté par Jamy Gourmaud du lundi au vendredi à 17h00, et «C ce soir» incarné par Karim Rissouli, un espace de débat quotidien, du lundi au jeudi à 22h30. J’en profite pour dire que je suis très attaché à la rediffusion de «C dans l’air» qui interviendra avec 50’ de décalage en soirée. Nous confions aussi à Michel Cymès «Antidote», un talk-show divertissant sur la science et la médecine chaque dimanche à 17h40 sur France 2, tandis que Marie Drucker portera «Au bout de l’enquête, la fin du crime parfait ?», un magazine sur les affaires classées non élucidées, le samedi à 14h00.

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Parmi vos nouveautés, êtes-vous toujours dans une logique d’écoute conjointe ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

Nous sommes dans une logique d’élargissement de nos publics. Nous voulons être en capacité de conquérir de nouveaux téléspectateurs (plus d’actifs et plus de mixité). On parle souvent de la moyenne d’âge du service public, qui dépend beaucoup du temps passé. Il y a un public plus âgé qui regarde la télévision de nombreuses heures. Mais si je prends la moyenne d’âge des individus qui regardent France Télévisions, nous sommes aux alentours de 50 ans, soit la moyenne d’âge des Français.

MEDIA +

Vous avez fait appel à beaucoup de producteurs différents. Est-ce dans votre mission de multiplier les points d’accroche ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

C’était clairement mon souhait de faire appel à la diversité du tissu de producteurs, notamment des indépendants. Même si tout le monde a été mis à contribution au sujet des économies, ce qui fait que nous choisissons un sujet, c’est d’abord notre désir pour une idée, une ambition et un projet. Je suis attentif à ce que nous maintenions une diversité créative au niveau des producteurs français. 

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France TV devient-elle un BBC à la française ?

Stéphane SITBON-GOMEZ

La BBC reste un modèle référent, fortifié par des époques différentes. Mais France Télévisions a sa propre identité. Je ne cherche pas un modèle. En revanche, on creuse notre singularité en ayant une signature qui nous différencie dans le paysage audiovisuel français.

MEDIA +

Par quoi passe cette singularité ? 

Stéphane SITBON-GOMEZ

Par la richesse de nos programmes, et par la diversité de nos visages qui sont représentatifs de la France, et qui viennent de tous les horizons. C’est le cas de d’Ali Rebeihi aux côtés d’Agathe Lecaron pour «Bel & Bien», un magazine conçu comme un guide pratique pour «bien vivre» et «mieux vivre», chaque samedi à 9h55. Autre nouveau talent, Mory Sacko qui revisitera les plats traditionnels français sur France 3 avec «Cuisine ouverte : un chef sur la route», le samedi à 20h15.