Le 4 février dernier, la ministre de la santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, Madame Roselyne Bachelot-Narquin a évoqué une potentielle suppression de la publicité de certains aliments pendant les programmes déstinés aux enfants afin de lutter contre l’obésité infantile. Les discussions autour de cette problématique doivent normalement se poursuivre jusqu’au 30 juin. Pour faire un point sur les enjeux d’une telle décision, média+ a rencontré Emmanuelle Guilbart, directrice du pôle Jeunesse de Lagardère Active lors d’un débat organisé jeudi matin par NPA Conseil sur le thème «Lutter contre l’obésité infantile: quelle place pour la télévision?»
média + : La télévision est-elle un facteur d’obésité pour vous ?
Emmanuelle Guibart : La télévision est stigmatisée depuis longtemps sur différents thèmes. Aujourd’hui c’est «la télévision rend gros». C’est démagogique. En temps que dirigeante de chaînes jeunesses, je crains énormément une décision un peu hâtive et symbolique que serait la suppression de la publicité de certains produits alimentaires sur nos chaînes. Ce débat est important, et nous voulons y participer mais il y aurait des conséquences absolument néfastes pour nous sans pour autant garantir des résultats dans cette lutte contre l’obésité. La situation française est spécifique car ce sont des chaînes qui vivent grâce à la publicité. Non pas comme en Angleterre ou dans d’autres pays où les chaînes pour enfants sont publiques ou appartiennent à des groupes internationaux puissants. Nous sommes un média de masse et de fait, notre impact sur les enfants est significatif, nous en sommes conscients. Mais d’autres solutions, autres que la suppression de la publicité sur certains produits alimentaires sont, à mon sens, envisageables.
média + : Quelles solutions envisageriez-vous ?
Emmanuelle Guibart : Tout d’abord, il faut avoir conscience que sur une chaîne comme «Gulli», notre Chiffre d’affaires repose à 30% (chiffre estimé pour 2009) sur le marché publicitaire. Sur le marché de la publicité en France, le secteur «jeunesse» représente plus ou moins 3%. Il faut donc trouver des idées de programmes qui montrent des comportements alimentaires sains, sans stigmatiser la nourriture. Avec les producteurs et tous les autres acteurs du secteur, nous proposerons au ministère une charte qui nous engagerait à proposer des volumes d’émissions dévolues à la prévention. Mais aussi des tarifs publicitaires plus attractifs pour les produits moins sujets à débat etc. Enfin, il ne faut pas être trop naïf: si les industriels ne font plus, à plus ou moins court terme, de publicité sur nos chaînes, ils continueront sur le hors média, ce qu’ils font d’ailleurs.
média + : Quelles seraient les conséquences directes de la suppression de la publicité dans votre secteur ?
Emmanuelle Guibart : Dans un premier temps, il y aurait moins de chaînes pour enfants. Les chaînes américaines seraient les seules, ou presque, à pouvoir diffuser en France. Moins de chaînes jeunesses auraient pour conséquence des enfants qui regarderaient des programmes qui ne leurs sont pas adaptés. Enfin, il y aurait moins de productions propres tels que les magazines et autres émissions inédites. Mais aussi moins de développement de coproductions.




































