Un nouveau film hommage sur la tragédie anthropophage des Andes

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Il y a 50 ans une jeune équipe de rugby d’Uruguay disparaissait au-dessus de la Cordillère des Andes avant de réapparaître décimée deux mois plus tard. Un nouveau film sur cette incroyable épopée rend hommage aux 16 survivants mais aussi, fait nouveau, aux 29 disparus.

Dans la soirée du 13 octobre 1972, un avion militaire affrété pour amener à Santiago du Chili une équipe de rugby amateur de Montevideo et quelques proches, disparaît des radars. Pris dans le brouillard et des trous d’air, leur appareil s’est écrasé sur une plateforme neigeuse à plus de 3.500 mètres d’altitude.

Sur les 45 passagers, dont la plupart n’avaient pas 20 ans, 12 meurent dans le choc, tandis que 17 autres vont succomber dans les jours et semaines qui vont suivre à leurs blessures, au froid extrême ou ensevelis sous une avalanche. Au terme d’une odyssée héroïque et alors que les recherches ont été abandonnées, deux d’entre eux réussissent à rejoindre le Chili. Leurs camarades seront secourus après avoir enduré 72 jours dans le froid, sans nourriture, et forcés de manger la chair des défunts. Cette histoire bouleversante a déjà fait l’objet de deux longs-métrages, l’un mexicain «Survivre» (1976) de René Cardona, l’autre américain «Les survivants» (1993) de Frank Marshall avec Ethan Hawke. Les deux récits se concentrent surtout sur l’incroyable exploit des survivants. Mais, selon l’écrivain uruguayen Pablo Verci, producteur associé du «Cercle des Neiges», du réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona, «il fallait raconter l’histoire dans son ensemble». «Nous avons eu tendance à nous concentrer sur les survivants parce que ce qu’ils avaient accompli était si énorme, si épique, que les 29 autres ont été laissés dans l’ombre», note celui qui fut camarade d’école et voisin de bon nombre de ceux qui se trouvaient sur le vol fatal.

Les survivants l’ont été «grâce au fait qu’il y a eu des morts», souligne-t-il, précisant que le film «les mentionne par leur nom, évoque leur décès, donne un aperçu de leur histoire personnelle». Les survivants, mais aussi les familles des défunts, ont en outre collaboré au film qui s’inspire du livre sur la tragédie écrit par M. Verci et dont le titre «La sociedad de la nieve» est repris pour ce long-métrage en espagnol.

Le «pacte de soutien mutuel» scellé entre les rescapés dans l’immensité des Andes a ému Bayona, raconte Pablo Verci, précisant que le cinéaste a lu son livre pendant le tournage de «The Impossible» en 2011. Ce n’est ni un film catastrophe, ni un film d’aventure, ni un thriller, assure M. Verci, 73 ans. «C’est une expérience émotionnelle inspirante, à la limite entre la vie et la mort, et pourtant pleine d’espoir», assure-t-il. «Les gens vont se rendre compte de ce que nous avons vécu», explique son ami Daniel Fernandez Strauch, un agronome à la retraite de 77 ans, qui en avait 26 ans lorsqu’il s’est retrouvé piégé au milieu des montagnes avec ses camarades. «Même la sensation de froid vous envahit. C’est totalement réaliste», ajoute-t-il, soulignant l’obsession du détail de Bayona. Le film, ovationné à la Mostra de Venise, primé au Festival international du film de Saint-Sébastien et choisi pour représenter l’Espagne aux prochains Oscars, sortira dans les salles obscures à partir du 14 décembre avant d’être diffusé sur Netflix début janvier.