Achats compulsifs sur les réseaux sociaux, boom des plateformes de contenus pour adultes à la demande, progression des discours masculinistes: un rapport parlementaire présenté mardi à Bercy vise à mieux encadrer les «nouvelles dérives» de l’influence. Avec ses 78 recommandations, il a pour objectif de «faire appliquer le droit existant» et «combler les angles morts de la régulation», ont indiqué ses auteurs, le député socialiste Arthur Delaporte et l’ancien député Renaissance Stéphane Vojetta, architectes de la loi votée en 2023 pour réguler le secteur des influenceurs. Leurs travaux déplorent «un manque de moyens opérationnels» des services de l’État pour «faire face à la puissance et à la vitesse des plateformes numériques». La Répression des fraudes (DGCCRF) «doit surveiller plusieurs millions de contenus diffusés quotidiennement sur les réseaux sociaux avec des équipes dimensionnées historiquement pour le commerce physique», soulignent-ils dans le rapport. Augmenter ses moyens et ceux de l’Arcom (régulateur du numérique) est de «l’ordre de la sécurité nationale», a indiqué Arthur Delaporte. Le rapport propose ainsi la création d’un portail unique de signalements et l’instauration d’un dispositif interministériel de veille sur les tendances et contenus problématiques. Deux propositions que la ministre déléguée au Numérique Anne Le Hénanff s’est engagée à mettre en place mardi lors d’une conférence de presse. Les auteurs ont par ailleurs pointé le danger des formats de diffusion en direct, notamment avec TikTok Shop, qui reposent sur des mécanismes de dons et récompenses virtuelles, créant de fortes incitations à la dépense, et facilitent la promotion de «produits contrefaits, dangereux ou non conformes», exposant les utilisateurs à des pratiques commerciales agressives. Ils préconisent la suspension temporaire de TikTok Shop pour exiger sa mise en conformité avec le droit de la consommation. Mme Le Hénanff a indiqué qu’elle porterait certaines propositions sur «l’encadrement des pratiques de monétisation accrue, notamment dans les jeux vidéo» devant Bruxelles dans le cadre de la préparation de la législation sur l’équité numérique (Digital Fairness Act). Le rapport prône aussi d’interdire le démarchage pour recruter des créateurs de contenus pour adultes, par exemple pour OnlyFans, et de proscrire la mise à disposition de fonctionnalités dopées à l’IA permettant de créer des images à caractère sexuel. Cette recommandation fait écho à la vague de protestations concernant les images dénudées générées par l’IA du réseau social X, Grok. Le document suggère aussi de créer une fédération de l’influence, d’imposer l’inscription des agents d’influenceurs dans un registre public pour obtenir une autorisation d’exercer ou encore de mettre en place une labellisation internationale et indépendance des créateurs de contenus d’information. Une autre proposition vise à créer un délit pour «réprimer la promotion de l’idéologie masculiniste», mais aussi celle de comportements violents comme ceux mis en cause dans la mort du streamer Jean Pormanove, décédé lors d’une vidéo en direct sur la plateforme australienne Kick en août dernier. «On est aligné avec beaucoup de ces recommandations» a commenté Carine Fernandez présidente de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC). Anne Le Hénanff présentera dans les prochaines semaines une feuille de route après avoir analysé «la faisabilité technique et juridique» des propositions et identifier «la bonne échelle, française ou européenne».

































