Une pièce inédite de Pagnol, en librairie 70 ans plus tard, mais adaptée en bande dessinée

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Dans les années 1950, Marcel Pagnol a écrit une pièce de théâtre qu’il a finalement renoncé à monter. Elle se retrouve en librairie 70 ans plus tard, mais adaptée en bande dessinée. «Gaby, ou la belle et l’argent», à paraître jeudi aux éditions Michel Lafon, ne reprend qu’une partie du texte de cette pièce qui a longtemps dormi dans des cartons.

«Je l’ai découverte tout à fait fortuitement alors que je classais les archives de mon grand-père», explique Nicolas Pagnol, le petit-fils de l’auteur dont on commémore jeudi les 50 ans de la mort. Il date «Gaby», nom d’une jeune héritière qui habite une belle villa de la Côte d’Azur, de 1954. Soit l’année où triomphe une autre héroïne évoluant dans le même décor, la Cécile du roman «Bonjour tristesse» de Françoise Sagan. Gabrielle, dont le capital a été dilapidé par le piètre investisseur qu’était son père, tâche de sauver la mise par un beau mariage. «En discutant avec Elsa Lafon (directrice générale des éditions Michel Lafon, NDLR), on s’est dit qu’on allait en faire un roman graphique parce que la pièce est très bonne, très drôle, incisive, qu’elle a du caractère», ajoute Nicolas Pagnol. Depuis 2015, treize adaptations d’oeuvres du natif d’Aubagne (Bouches-du-Rhône), célèbres comme «Manon des sources» ou beaucoup moins comme la pièce «Jazz», sont disponibles au rayon BD. Toutes cohabitent avec les éditions classiques de ces romans ou pièces. Pas ici. D’après Nicolas Pagnol, «on sentait que Marcel n’était pas repassé pour mettre le dernier tour de main. Le texte intégral n’aurait peut-être pas rendu justice à la pièce. Et cela nous a permis de resserrer l’intrigue». Jérémy Coquin, docteur en Lettres qui s’est intéressé au théâtre de Marcel Pagnol, trouve ce choix logique. «Il y a trois canaux de diffusion du théâtre de Pagnol aujourd’hui: la BD, le cinéma et la scène. En librairie, à l’heure actuelle, c’est à travers la BD que Pagnol est le mieux connu. Son théâtre est toujours joué, comme l’a montré récemment le «Marius» de Frédéric Achard à Aubagne. Mais il est peu lu», ajoute-t-il. Les autres pièces des années 50, les dernières de Pagnol, sont tombées dans l’oubli. Et pour cause: «Judas» en 1955, ambitieuse fresque biblique, puis «Fabien» en 1956, drame dans le milieu des forains, ont toutes deux fait un four. «C’est un moment où Pagnol se rend compte que le cinéma est devenu plus compliqué après la vente de ses studios. Il n’a plus l’indépendance d’avant-guerre et tourner des films lui coûte très cher. Il essaie donc de revenir au théâtre, sans succès, et se tourne vers le roman. Il tâtonne», explique Marion Brun, autre docteure en Lettres qui a consacré sa thèse à la réception de l’oeuvre de Pagnol. «Adapter une pièce en BD, c’est conforter son image d’auteur très apprécié du grand public mais un peu méprisé par l’intelligentsia. Il est ce que j’ai appelé un classique populaire, entré dans les programmes scolaires, mais peu étudié au-delà du collège, avec ses sentiments faciles, ses représentations simples des réalités», poursuit-elle. Après «Gaby», les souvenirs provençaux de Pagnol seront des best-sellers. «La Gloire de mon père» en 1957, puis «Le Château de ma mère» l’année suivante, vont assurer sa postérité. Le scénario de la bande dessinée est de Véronique Grisseaux, qui a écrit nombre de sketchs de la série télévisée «Un gars/une fille». Le dessin est de Luc Brahy, qui a entre autres signé l’adaptation BD d’un roman de Franck Thilliez, «Le Syndrome [E]».