L’animation française a la cote auprès des étrangers, la fiction se défend

Les dessins animés restent de loin les programmes français les plus vendus à l’étranger mais la fiction a enrayé sa baisse et les producteurs explorent de nouvelles voies pour séduire les chaînes étrangères, de plus en plus frileuses en raison de la crise économique. L’animation représente 35% des ventes à l’étranger, pour un total de 41,7 millions d’euros (chiffres 2007). La France se classe au troisième rang des exportateurs dans ce domaine, derrière les Etats-Unis et le Japon, souligne Mathieu Béjot, directeur de TV France International (TVFI), l’organisme chargé de promouvoir les programmes français à l’étranger. Parmi les dessins animés français les plus visionnés au Mipcom Junior figurait «The Amazing spiez», suite des aventures des espionnes de «Totally spies» (Marathon) vendu dans 130 pays. Le Mipcom Junior est le marché des programmes jeunesse et a lieu avant le Mipcom, le marché des contenus audiovisuels qui se tennait à Cannes jusqu’à hier jeudi. Les créateurs français de l’animation ont grandi dans les années 80, en regardant les dessins animés américains et japonais, et ils possèdent les codes de ces productions, explique Mathieu Béjot. Mais ils cultivent aussi «la french touch», à savoir la capacité à se renouveler et une grande culture de la BD, ajoute-t-il. La fiction, qui représente un cinquième des exportations, a enrayé sa baisse depuis 2006. Le marché international reste très difficile car les pays préfèrent les productions locales ou américaines. «Mais il y a un effet Canal+ qui est en train de jouer et qui influence les productions des chaînes hertziennes», souligne le responsable de TVFI. Avec les séries («Engrenages», «Mafiosa», «Reporters»…) et les fictions du réel («L’affaire Elf», «Opération Turquoise»…) créées par la chaîne cryptée, les acheteurs ont le sentiment qu’«il se passe quelque chose en France». «Engrenages» a été vendue à la BBC et «XIII» à un network américain, NBC. L’achat de formats (concept d’une émission adapté dans un pays étranger) était jusqu’à peu surtout limité aux jeux. Or depuis un an, la vente de formats dans la fiction se développe, note Isabelle Bouilhaguet, responsable des ventes à l’international de la société de production Marathon. «Une fiction fait toujours plus d’audience avec une production locale», précise-t-elle. «On nous demande de plus en plus des formats à adapter», confirme Mathieu Béjot. «Les chaînes veulent minimiser les risques. Elles achètent un format car l’émission a déjà fait ses preuves dans son pays d’origine, et elles localisent avec des acteurs du pays». L’Italie, qui a diffusé la série «Dolmen» (Marathon), en a également acheté le format. La société de production Calt a vendu l’original ou le format de «Camera Café» en Europe, Amérique latine et Asie. «Vous les femmes», série de pastilles très drôles sur la femme moderne, va bientôt être adaptée en Italie, Espagne et Grèce, tandis que «Kaamelott» est en développement en Espagne, Italie et Canada, indique Isabelle Azoulay, chargée des ventes à l’étranger. Autre piste pour séduire les chaînes, inquiètes du recul attendu du chiffre d’affaires publicitaire en 2009, le montage de coproductions. «L’impact ne se fait pas encore sentir mais les gens sont très précautionneux pour 2009», remarque Isabelle Bouilhaguet. Pour financer les fictions de prestige notamment, les producteurs associent plusieurs pays. Ainsi, «La reine et le cardinal» (Marathon), film en costume bientôt sur France 2, est une co-production avec la RAI.

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