Jérôme SOULET (Gaumont) : «Nous avons déjà restauré plus de 500 films du catalogue Gaumont».

Jérôme SOULET (Gaumont) : «Nous avons déjà restauré plus de 500 films du catalogue Gaumont».

À l’occasion de l’arrivée de plusieurs grands classiques du catalogue Gaumont sur Disney+, Jérôme Soulet, Directeur du catalogue de Gaumont, revient sur les enjeux de la valorisation du patrimoine cinématographique à l’ère des plateformes. Restaurations, transmission aux jeunes générations, rôle des géants du streaming et avenir du cinéma de répertoire : il détaille la stratégie déployée par Gaumont.

MEDIA +

Pourquoi avoir choisi Disney+ comme partenaire pour mettre en valeur une partie du catalogue historique de Gaumont ?

JÉRÔME SOULET

Disney+ et Gaumont partagent finalement un point commun essentiel : celui d’être des maisons patrimoniales. Disney possède un héritage considérable, construit autour de certaines des plus grandes œuvres du cinéma d’animation, tout en ayant su évoluer avec son époque. Les équipes françaises de Disney+ accordent également une attention particulière à ce qu’elles appellent la «localisation». Lorsqu’elles développent leur offre sur le marché français, elles souhaitent que des œuvres de référence du cinéma national soient accessibles aux abonnés.

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Leur approche était-elle particulièrement sélective ?

JÉRÔME SOULET

Absolument. Disney+ n’est pas le type de partenaire qui nous contacte en demandant plusieurs centaines de films à intégrer dans son catalogue. Au contraire, ils réfléchissent à la manière d’éditorialiser, de thématiser et de mettre en scène les œuvres proposées. Nous leur avons présenté un ensemble de plus de 200 films en noir et blanc restaurés. Ils nous ont alors proposé un partenariat construit dans la durée, avec des arrivées progressives de films Gaumont sur la plateforme. Cette première sélection comprend 25 œuvres choisies directement par leurs équipes. L’accord dont nous parlons concerne exclusivement des films en noir et blanc, des œuvres de répertoire signées par de grands auteurs comme Sacha Guitry, Jacques Becker, Henri Decoin, Claude Chabrol, André Cayatte, Jean Vigo, Louis Malle ou encore Alain Resnais.

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Les plateformes sont-elles devenues aujourd’hui les nouvelles cinémathèques du grand public ?

JÉRÔME SOULET

Pas totalement. Lorsqu’un spectateur recherche une œuvre très précise, c’est encore la vidéo à la demande à l’acte qui offre la plus grande profondeur de catalogue. Les grandes plateformes mondiales privilégient naturellement les productions américaines, ce qui est logique compte tenu de leur dimension internationale. Disney+ l’assume d’ailleurs parfaitement en valorisant notamment le patrimoine issu du catalogue de la Fox. Cela étant, Gaumont dispose d’un atout majeur : nous avons restauré plus de 500 films de notre catalogue. Aujourd’hui, près de 80% de nos longs métrages parlants en noir et blanc ont bénéficié d’une restauration haute définition. La véritable cinéphilie, celle qui consiste à explorer en profondeur l’histoire du cinéma, continuera cependant à exister en dehors des grandes plateformes généralistes. Aucune plateforme mondiale ne pourra accueillir à elle seule les milliers de films qui composent le patrimoine cinématographique français.

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La restauration technique suffit-elle à moderniser ces œuvres ou faut-il aussi repenser leur éditorialisation ?

JÉRÔME SOULET

La restauration est indispensable, mais elle ne suffit pas. Notre première mission consiste à remettre les films aux standards techniques exigés aujourd’hui par les diffuseurs et les plateformes. C’est également nécessaire parce que nous poursuivons depuis plus de vingt ans une activité d’édition vidéo sur support physique. Mais nous adoptons une approche totalement ouverte. Nous ne considérons pas qu’il existe un mode de consommation supérieur à un autre. Certains spectateurs préfèrent encore les DVD ou les Blu-ray, d’autres privilégient le numérique.

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Le patrimoine cinématographique français souffre-t-il encore d’un déficit de visibilité ?

JÉRÔME SOULET

Oui, mais c’est en partie naturel. La nouveauté attire toujours davantage l’attention. Heureusement d’ailleurs, car les films d’aujourd’hui constituent le patrimoine de demain. En revanche, le cinéma de répertoire bénéficie souvent d’un effet de rebond grâce à l’actualité. Lorsqu’un nouveau film sort en salles, il peut susciter la curiosité pour des œuvres plus anciennes auxquelles il fait référence. C’est précisément dans cette logique que nous travaillons sur Gaumont Classique, en proposant des contenus éditoriaux permettant aux spectateurs d’explorer davantage les univers, les genres ou les réalisateurs. Tous les grands cinéastes contemporains se sont nourris du cinéma de répertoire. Par ailleurs, l’ensemble des ayants droit français se mobilise activement pour préserver ce patrimoine. Au sein du Syndicat des Catalogues de Films de Patrimoine (SCFP), nous représentons collectivement plus de 10.000 œuvres de répertoire du cinéma français.

MEDIA +

Quelle est désormais la prochaine étape pour Gaumont ?

JÉRÔME SOULET

Nous aimerions convaincre davantage de grandes plateformes internationales comme Prime Video de réserver un espace dédié au patrimoine cinématographique français. Il ne s’agit pas de mettre en ligne des centaines de films d’un seul coup. Quelques dizaines d’œuvres régulièrement renouvelées suffiraient déjà à créer une véritable dynamique de découverte. Nous n’avons aucune prétention à alimenter seuls cet espace. Nous voulons simplement contribuer à la transmission de la mémoire du cinéma. Plus les plateformes offriront de points d’entrée vers ces œuvres, plus elles permettront aux spectateurs de découvrir la richesse de ce patrimoine.

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