Au Mali, un journaliste convoqué après avoir critiqué la junte

Au Mali, un journaliste convoqué après avoir critiqué la junte
(FILES) The head of Niger's military regime, General Abdourahamane Tiani (C) attends the opening of the commission responsible for conducting the national conference in Niamey on February 15, 2025. The head of Niger's junta on January 29, 2026 thanked Russia for its help in foiling an attack on Niamey's airport and accused the presidents of France, Benin and Ivory Coast of backing those responsible. (Photo by AFP)

Un journaliste malien a été convoqué par la justice lundi, quelques jours après avoir ouvertement critiqué la junte au pouvoir lors d’un forum des médias à Bamako, selon l’intéressé et une source judiciaire.

Chahana Takiou, directeur de publication du bihebdomadaire Malien, 22 septembre, est convoqué par le procureur du pôle de lutte contre la cybercriminalité lundi à 13h00 (locales et GMT), après une sortie contre la junte lors du Forum panafricain des médias que Bamako a abrité du 3 au 6 juin. Il est entendu pour «atteinte au crédit de l’Etat à travers l’institution judiciaire».

Depuis leur arrivée au pouvoir lors d’un putsch en 2020, les militaires ont imposé des restrictions sévères aux libertés en réduisant au silence l’opposition et les voix dissidentes par des mesures coercitives, des mises en cause judiciaires ou encore la dissolution des partis politiques.

«Il n’y a aucune dynamique de paix au Mali. Vous arrêtez les journalistes et au lieu de les juger selon le régime de presse et délit de presse au Mali, c’est la loi sur la cybercriminalité que vous appliquez», a lancé M. Takiou lors d’un panel animé par Idrissa Hamidou Touré, procureur d’un tribunal de Bamako.

«J’ai cinq éléments dans la salle, je peux vous faire arrêter tout de suite si je veux», a rétorqué le procureur, présent dans la salle. La séquence a largement été relayée sur les réseaux sociaux. «Le narratif souverain africain n’existe pas, tout comme il n’y a pas de narratif européen ou maghrébin.

Le journalisme est le même sous tous les cieux», avait également affirmé la veille M. Takiou sous une ovation de ses confrères, au cours d’un panel intitulé «médias africains et narratif souverain». M. Takiou n’a fait qu’«émettre une analyse critique et factuelle au regard de l’utilisation abusive de la loi sur la cybercriminalité pour arrêter et détenir des journalistes, observé dans le pays», a réagi l’ONG Reporters sans frontières (RSF).

L’organisation estime qu’«émettre une analyse critique ne justifie pas une convocation» pour les raisons invoquées. Elle appelle «les autorités judiciaires à mettre un terme à cette procédure constitutive d’une tentative d’intimidation».

Le Mali occupe la 121e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF établi en 2026. Ce pays sahélien est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.

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