À travers «Opération dragon, la révolution Bruce Lee», diffusé ce 10 juin sur ARTE, Emma Lepers revient sur la ligne éditoriale de Haut et Court Doc, ses ambitions documentaires et sa volonté de produire des films capables d’alimenter le débat public.
MEDIA +
Vous avez créé Haut et Court Doc avec Carole Scotta en 2020. Quel était l’objectif initial de cette structure dédiée au documentaire ?
Emma LEPERS
Très vite, nous avons voulu défendre une ligne éditoriale assez claire : produire des films autour de personnages ou d’œuvres qui déplacent les lignes. Ce qui m’intéresse profondément, ce sont les sujets capables de circuler dans le débat public, d’interroger notre époque et d’apporter une lecture politique ou sociale du monde contemporain. Nous pouvons produire des documentaires de société, des films culturels, mais aussi des projets liés à la science ou à la découverte. Notre spectre est assez large. Ce qui compte surtout, c’est la rencontre avec les réalisateurs et les réalisatrices. Produire un documentaire, c’est une aventure humaine extrêmement forte.
MEDIA +
Avec «Opération dragon, la révolution Bruce Lee» sur ARTE, vous ne racontez pas seulement un film culte, mais aussi une bataille culturelle autour de la représentation des minorités…
Emma LEPERS
Oui, complètement. Aujourd’hui, un documentaire doit être le révélateur d’une thématique ou d’un phénomène plus large. Ce qu’on raconte avec Bruce Lee dépasse largement le cinéma. Il devient une figure politique inattendue. On sous-estime souvent la puissance politique de la culture populaire. Or, la culture populaire touche le plus grand nombre. Ce que le réalisateur Marc Ball réussit extrêmement bien dans ce film, c’est montrer le choc culturel mondial qu’a provoqué Bruce Lee. Pour beaucoup de personnes qui ne se voyaient jamais représentées comme des héros à l’écran, il a ouvert des portes immenses. Le film montre très bien comment toute une génération de personnes racisées a pu se voir autrement grâce à lui. Il a réellement déplacé les représentations.
MEDIA +
Bruce Lee reste une figure mondiale autant récupérée par Hollywood que par le rap ou la culture geek. Vous avez pensé cette transversalité dès l’écriture du documentaire?
Emma LEPERS
Oui, totalement. Le film s’inscrit dans la collection «Avant/Après» d’ARTE, qui explore des phénomènes culturels ayant provoqué de vraies bascules dans la société. On a donc voulu montrer que Bruce Lee dépasse largement le cinéma, avec une influence qui touche aussi le hip-hop, la culture urbaine ou les questions de représentation des minorités. C’est pour cela qu’on a interrogé IAM ou Jeru the Damaja, avec une narration portée par Aïssa Maïga. Bruce Lee a ouvert des portes immenses pour des générations qui ne se voyaient jamais représentées comme des héros à l’écran.
MEDIA +
Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux projets ?
Emma LEPERS
Oui. Je suis actuellement en train de terminer le tournage du deuxième film d’Asmae El Moudir, qui avait remporté en 2023 l’Œil d’Or à Cannes avec «La Mère de tous les mensonges». C’est un projet très ambitieux, un film hybride mêlant documentaire et fiction, autour des enfants de la lune, ces jeunes atteints d’une maladie rare qui les empêche de s’exposer au soleil. Asmae travaille avec eux depuis huit ans. C’est une coproduction internationale entre le Maroc, la France, la Norvège et le Chili, pour une sortie prévue en 2027. C’est un projet qui m’excite énormément.
MEDIA +
Les coproductions internationales font donc désormais partie intégrante de votre stratégie ?
Emma LEPERS
Oui, on en fait régulièrement. Nous restons une petite structure indépendante, avec environ 5 ou 6 films par an et 1 ou 2 films cinéma tous les 18 mois. Aujourd’hui, monter des films est devenu plus long et plus fragile économiquement, mais nous gardons un rythme soutenu. Nous venons aussi de terminer le tournage d’un documentaire pour ARTE intitulé «Il était une fois dans le Nord», réalisé par Claus Drexel, consacré aux municipales dans une petite ville du nord de la France qui bascule du communisme vers le Rassemblement National. En parallèle, nous travaillons pour France Télévisions sur un documentaire consacré au centenaire de la Route 66. Le film s’intitule «La Route 66, une fiction américaine» et explore l’impact culturel de cette route mythique dans le cinéma, la littérature, la photographie ou encore la musique. Le film est réalisé par Sophie Peyrard.
MEDIA +
Vous semblez attacher beaucoup d’importance à la vie des documentaires après leur diffusion…
Emma LEPERS
Oui, énormément. Nous essayons d’accompagner les films bien au-delà de leur passage à l’antenne, avec des campagnes d’impact, des projections-débats et des partenariats avec des associations ou des institutions. L’idée, c’est que les documentaires puissent créer du débat, sensibiliser et provoquer une prise de conscience. On l’a vu avec «Toutes musclées», qui a dépassé les 120 projections dans les collèges et lycées, ou encore avec notre documentaire sur Martin Parr, qui continue aujourd’hui d’exister à travers des expositions et des projections. Le documentaire est un outil très puissant pour transmettre de l’émotion et créer du lien autour de sujets de société.
LES DIRIGEANTS
E. Lepers
C. Scotta
Co-gérantes
COORDONNEES
38, rue des Martyrs 75009 Paris
DATE DE CREATION
2020
PRODUCTIONS
«Opération dragon, la révolution Bruce Lee»», «Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?», «I am Martin Parr»






























