Auteur du «Match de football télévisé», le sociologue Jacques Blociszewski est un téléspectateur critique et inquiet de l’évolution des rapports entre télévision et sport, football en particulier, et il dénonce les images qui mentent. A l’occasion du Sportel-2007 qui a débuté lundi à Monaco, il évoque les dérives induites par celles-ci, le tout-technologique et les gadgets.
média+ : Le Sportel propose un débat sur les bienfaits de la haute technologie télévisuelle sur le sport, avec un volet sur l’arbitrage vidéo… Cela doit laisser rêveur le critique que vous êtes?
Jacques Blociszewski : Si, au Sportel, vous ne dites pas «la technologie, c’est beau, c’est génial, ça résout tout» vous passez pour archaïque. Et je n’ai pas l’impression que les grandes fédérations se battent beaucoup pour y défendre leur sport autrement que sur le plan économique. On n’entend personne dire «la télé fait tellement pression qu’elle modifie les règles et dénature le sport». Les télés payent si cher. Dans Sportel, il y a de moins en moins de «Sport». C’est un salon de négociation de droits, sur la façon dont la télévision utilise le sport pour ses programmes mais la voix des sportifs ne compte pas vraiment.
média+ : A Monaco, des prix sont décernés aux meilleurs ralentis de sport. Une technique que vous dénoncez…
Jacques Blociszewski : Dont je dénonce l’utilisation. Sur Canal +, un arbitre retraité (Gilles Veissière, ndlr) commente des ralentis et juge les décisions d’arbitres en activité. Si vous mettez un arbitre devant des ralentis, il commente des ralentis, il est prisonnier des images et ne peut avoir d’avis que sur ce qu’on lui montre. La grandeur de l’arbitre, c’est de décider en une fraction de seconde, pas de critiquer les copains devant un écran. C’est une situation très malsaine.
média+ : Vous dénoncez particulièrement les ralentis de faute et l’abus qu’en font les réalisateurs.
Jacques Blociszewski : Vous et moi, quand on regarde un match de foot à la télévision, on ne voit pas le match, c’est le réalisateur qui le voit pour nous. Et selon les images qu’il choisit, cela peut avoir des conséquences graves sur le public, via les écrans géants qui sont dans les stades… Lors de Brésil-Ghana au Mondial-2006, le troisième but brésilien a semblé hors jeu sur l’écran géant et le public a sifflé le Brésil jusqu’à la fin du match. Sur les 30 à 40 ralentis de faute que l’on dénombre sur une réalisation moyenne, il y en a qui peuvent faire polémique. Sans parler du fait que si vous voyez une action litigieuse sous trois angles, il y a parfois faute, parfois non.
média+ : On en arrive aux images qui mentent. La télé peut mentir dans ce qu’elle montre? Si oui, cela pose le problème de la légitimité de l’arbitrage vidéo?
Jacques Blociszewski : A la fin de la série de ralentis d’une faute montrée sous trois ou quatre angles, souvent, le commentateur ne sait plus que penser. J’ai entendu (Luis) Fernandez dire «Ca dépend de l’angle». Ce n’est pas parce que vous avez plus de caméras que vous arrivez à la justice. La sophistication de la technologie ne facilite pas la décision mais la gêne. Plus vous avez d’images, plus il faut choisir, sans parler de celles qui se contredisent. On appelle ça des procédés d’aide à la décision mais c’est contraire à la décision.



































