Mardi, le CSA présentait ses vœux pour la nouvelle année. L’occasion pour media + de rencontrer Michel Boyon, Président du CSA, afin de connaître ses aspirations quant à cette autorité de régulation audiovisuelle.
média+ : Un de vos souhaits est de modifier les frontières entre réglementation et régulation. Pouvez-vous nous expliquer le concept ?
Michel Boyon : Réglementer, cela signifie fixer des normes auxquelles on peut déroger si les textes le prévoient. Le petit inconvénient de la réglementation, c’est qu’une fois adoptée elle ne bouge pas durant un certain nombre d’années. Et même si le contexte change, il n’est pas aisé de la faire évoluer. La régulation est quelque chose de complètement différent; cela veut dire qu’à l’intérieur d’un cadre qui a été fixé par la loi, on laisse à l’organisme le soin de fixer un certain nombre de choses. Le gros avantage de la régulation est de pouvoir s’adapter. C’est instantané, réactif. En un mois le CSA peut prendre position, et ainsi énormément différencier les choses. Au contraire, une règle qui est inscrite dans une loi ou un décret est fixe. On peut parfois y déroger mais c’est beaucoup plus lourd et beaucoup moins vivant.
média+ : Un autre souhait, vous désirez améliorer les échanges entre le public et le CSA. Comment comptez-vous mettre en place cette intermédiation ?
Michel Boyon : Je n’ai pas encore clairement défini les choses. Moi je suis sensible au fait qu’il y a des pays dans lesquels l’autorité de régulation est une sorte d’interface entre les médias et le public. Le CSA ne joue pas encore ce rôle alors que c’est un peu en filigrane dans les textes. Je considère qu’il doit être l’ambassadeur du public auprès des médias. Cela signifie en tout premier lieu que nous devons aller au contact du public au travers de rencontres organisées dans les différentes régions. Il y a aussi la refonte du site Internet dans lequel on s’efforcera de faire la synthèse des réactions des gens qui nous écrivent, sachant que ces derniers nous écrivent sur tous les sujets. Le but: porter la réaction du public à la connaissance des médias. Cela a déjà commencé mais sera accentué dans le courant de l’année 2008.
média+ : Certains disent que la suppression de la publicité est une aubaine pour le service public mais si le gouvernement ne trouve pas la compensation, et étant donné que pour l’instant les chaînes privées ne veulent pas être taxées davantage, ne craignez-vous pas que cette mesure soit source de problèmes ?
Michel Boyon : Ça ne m’inquiète pas. Par définition personne n’a envie de payer pour un autre. Des mesures très claires on été prises par le Président de la République, par le Premier ministre et par Mme Albanel sur la compensation financière pour le service public. C’est une telle évidence que la question ne se pose pas. Cela sera difficile, il va y avoir des transitions. Mais de tout cela, nous en sommes bien conscients et je pense qu’on peut trouver des ressources qui soient durables, pérennes. De plus, il faut que l’état prenne des engagements pluriannuels très fermes pour les ressources des services publics. Si ces deux conditions sont remplies, et ce n’est pas très compliqué, il n’y aura pas de problèmes. Pour ma part, j’attendais ça depuis 1986, date à laquelle j’ai participé à l’élaboration de la loi sur la communication audiovisuelle. Je suis heureux tout en étant bien conscient des difficultés que cela peut présenter, et en comprenant que certains peuvent s’en inquiéter. Mais c’est une telle chance pour le service public qui est enfin libéré de la dictature de l’écran publicitaire qui suit ou qui précède une émission.
média+ : Où en est la réflexion sur le temps de parole présidentielle?
Michel Boyon : J’ai rappelé à monsieur Hollande (ndlr : qui avait demandé à ce que le CSA chronomètre le temps de parole du Président de la République), qui était tout à fait d’accord avec moi, que dans le droit actuel, nous ne pouvions pas comptabiliser le temps de parole du Président de la République. C’est le conseil d’Etat qui l’a décidé, le CSA doit se conformer à la règle de droit.
média+ : 2008 voit apparaître la TMP, comment le CSA se positionne-t’il face à l’émergence de ce nouveau secteur ?
Michel Boyon : Le CSA a reçu des dossiers de candidatures. Il en a reçu 36 pour 13 chaînes privées puisque l’Etat a réservé 3 chaînes au service public. Nous allons instruire ces dossiers et procéder à des auditions publiques avec chacun des candidats. Aux environs du mois de juin, on sélectionnera les 13 heureux élus. A partir de là, il s’engagera un dialogue plus concret avec eux, afin de bien déterminer leurs obligations, les règles auxquelles ils seront soumis. Il y aura très vraissemblablement des opérateurs qui émettront pendant les Jeux Olympiques de Pékin, en tout cas tout sera bloqué pour la fin de l’année 2008. Donc un tiers des Français ont vocation à recevoir les 16 chaînes de la TMP soit sur leur téléphone mobile soit sur un récepteur de poche spécialement crée à cet effet.



































