Indonésie : la désinformation utilisée pour faire taire les voix critiques, selon Amnesty

Indonésie : la désinformation utilisée pour faire taire les voix critiques, selon Amnesty

Le gouvernement indonésien prend un virage «autoritaire» sous la présidence de Prabowo Subianto et utilise la désinformation pour discréditer les voix critiques et justifier la répression, a jugé mardi Amnesty International. Dans un rapport intitulé «Se forger des ennemis imaginaires», l’organisation de défense des droits humains met en lumière une tendance consistant à qualifier les auteurs de critiques d’»agents étrangers». L’un d’entre eux, Andrie Yunus, coordinateur adjoint du groupe de défense des droits humains KontraS, très critique envers les initiatives visant à accroître l’influence de l’armée au sein du gouvernement indonésien, a été victime en mars d’une attaque à l’acide qui lui a fait perdre un oeil. Amnesty dénonce «une tendance croissante selon laquelle les autorités indonésiennes, y compris l’armée, déploient de la désinformation en ligne pour cibler des journalistes, des militants, des universitaires et des manifestants, en représailles à leur militantisme et à leur expression légitimes». L’ONG affirme également que les plateformes Meta, TikTok, X et YouTube «ont laissé de la désinformation nuisible en ligne». Amnesty indique également que Prabowo et de hauts responsables ont accusé leurs détracteurs d’être payés, manipulés ou contrôlés par des intérêts étrangers, des allégations ensuite amplifiées sur les réseaux sociaux par des publications qualifiant ces personnes d’«agents étrangers». «Les pratiques autoritaires se sont accélérées en Indonésie sous le gouvernement du président Prabowo Subianto», estime Amnesty dans un communiqué de presse. «Au cours des 18 mois écoulés depuis l’arrivée au pouvoir de Prabowo (en octobre 2024, ndlr), la désinformation en ligne s’est imposée comme une tactique clé pour discréditer systématiquement les critiques du gouvernement, étouffer le débat public et justifier la répression», ajoute l’ONG. Et ce, pendant que «les entreprises de réseaux sociaux restent les bras croisés et laissent faire», ajoute Amnesty. En réaction, Meta a indiqué avoir démantelé des réseaux «hostiles» visant le public indonésien et rester concentré sur la «lutte contre les opérations d’influence clandestines». De son côté, TikTok a déclaré qu’il révisait régulièrement ses politiques de sécurité et leurs modalités d’application, et les renforçait. Meta et TikTok rémunèrent l’Agence France-Presse pour vérifier des publications contenant des informations potentiellement fausses. Selon Chanatip Tatiyakaroonwong, chercheur régional pour Amnesty, le rapport identifie des acteurs étatiques impliqués dans la diffusion de fausses allégations d’»agent étranger», notamment des membres du parti Gerindra de Prabowo et au moins un membre du cabinet présidentiel. «En vertu du droit international sur les droits humains, le gouvernement a l’obligation de s’abstenir de diffuser de la désinformation, d’empêcher les acteurs étatiques de le faire et de mettre fin à de telles campagnes, ainsi que d’y remédier», a indiqué M. Chanatip. Human Rights Watch (HRW) a pour sa part vivement critiqué une proposition du gouvernement visant à modifier la loi nationale sur les droits humains afin de permettre aux autorités de déterminer qui est reconnu comme défenseur des droits humains. Le mois dernier, le ministre des Droits humains, Natalius Pigai, a déclaré à l’agence de presse indonésienne Antara que le gouvernement voulait mettre en place une équipe d’évaluateurs chargée de déterminer si une personne pouvait être considérée comme un militant. Ce dernier est ensuite revenu sur ses propos et a indiqué que le gouvernement inclurait une définition des défenseurs des droits humains dans une révision de la loi.

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