Guerres, élections municipales, crise énergétique… À travers sa plateforme Tagaday, Aday ausculte en temps réel des millions de contenus médiatiques. Son directeur général, Jean-Frédéric Farny, décrypte pour nous les dynamiques profondes d’un premier trimestre 2026 sous haute tension informationnelle.
Vous dressez le portrait d’un premier trimestre 2026 sous haute tension médiatique. Donald Trump reste omniprésent malgré une baisse : parle-t-on d’une usure médiatique… ou d’une dépendance des médias à sa surexposition ?
Non, il ne s’agit pas d’une usure médiatique. Donald Trump reste une figure dominante. Ce que nous observons, c’est avant tout un contexte très particulier : celui des élections municipales en France. L’agenda médiatique est contraint. Le nombre de pages dans un journal n’augmente pas indéfiniment, pas plus que les moyens humains des rédactions. Il y a donc des arbitrages permanents. Même si Donald Trump a été extrêmement actif – et il l’est structurellement, avec une production très importante de contenus, de prises de position, parfois de provocations – d’autres sujets ont occupé l’espace médiatique. Les élections municipales, notamment, ont mécaniquement capté une part significative de l’attention.
Les municipales ont fortement rebattu les cartes médiatiques. Assiste-t-on à un retour du local… ou à un phénomène ponctuel ?
Sur cette période, oui, très clairement. Et cela s’explique aussi par la méthodologie de notre étude, qui intègre massivement les médias régionaux, qu’ils soient quotidiens ou hebdomadaires. Les médias locaux représentent, en volume, une part considérable de la production éditoriale. Or, les élections municipales concernent des milliers de communes : cela génère mécaniquement une quantité d’articles très importante. Mais ce phénomène ne se limite pas à la presse régionale. Les médias nationaux (télévision, radio, presse) s’en emparent également, notamment à travers les grandes métropoles et les enjeux politiques majeurs. Résultat : une occupation de l’espace médiatique très forte, à la fois locale et nationale.
Avec Tagaday, vous analysez des millions de contenus en temps réel. Qui fait aujourd’hui l’agenda médiatique : les politiques, les médias… ou les plateformes ?
Les médias restent avant tout le miroir de l’activité de la société. Chaque média a un contrat éditorial, une ligne, un positionnement. Il traite les sujets qui intéressent son audience et qui correspondent à son périmètre. Les réseaux sociaux, ou plus largement les plateformes, ont un rôle, mais je ne dirais pas qu’il est déterminant. C’est davantage un ressenti qu’une conclusion scientifique, mais ce que nous observons, c’est que les médias continuent de couvrir les sujets qui émergent dans la société réelle.
Dans un contexte de surabondance d’infos, comment distinguer le «bruit» d’une tendance de fond ?
C’est une question complexe. Si l’on considère que les médias reflètent la société, alors l’agenda médiatique est structuré par les centres d’intérêt des audiences et par la ligne éditoriale des médias. Certains sujets peuvent devenir des fils rouges, mais ils sont souvent le résultat d’un consensus éditorial : lorsque plusieurs médias décident de s’y consacrer sur la durée. Au fond, la distinction entre bruit et tendance dépend moins du volume que de la persistance et de la transversalité du sujet dans différents médias.
L’intelligence artificielle joue un rôle croissant. Comment Aday garantit-elle la fiabilité et la traçabilité de l’information ?
Notre modèle repose sur une contractualisation avec les médias. Nous travaillons uniquement avec des contenus issus de sources éditorialisées, ce qui exclut de fait les productions issues des réseaux sociaux ou de l’IA générative. Il faut aussi distinguer les types d’intelligence artificielle. L’IA est utilisée depuis longtemps dans les médias, notamment pour traiter des données massives (par exemple les résultats électoraux) en générant des contenus structurés, factuels, sans opinion. En revanche, les modèles de langage de type LLM, capables de produire du texte à partir de prompts, relèvent d’une autre logique. Ils génèrent des réponses statistiquement cohérentes, mais pas nécessairement vraies. La promesse n’est pas la vérité, mais la cohérence linguistique. Et c’est un point essentiel à comprendre.
La présence médiatique est-elle encore une question de volume… ou d’impact ?
Aujourd’hui, on ne peut plus raisonner uniquement en termes de médias. Il faut intégrer ce que j’appelle la sphère d’influence, qui englobe les réseaux sociaux, les forums, les communautés. Contrairement aux médias traditionnels, ces espaces n’ont pas de contrat éditorial clair ni de responsabilité structurée. On y observe des phénomènes de «clusters» : des groupes d’opinions qui se forment, évoluent, se confrontent. Et ces dynamiques sont beaucoup plus difficiles à maîtriser. Pour une marque, la réflexion n’est plus segmentée. Elle ne peut plus séparer communication, relations médias et influence. Tout est désormais interconnecté. Ce qui est particulièrement frappant aujourd’hui, c’est la relation à la confiance. Certaines études montrent que des utilisateurs accordent davantage de crédit à une réponse issue d’un agent conversationnel qu’à un journaliste. C’est une évolution majeure, presque paradoxale, qui pose de vraies questions sur notre rapport à l’information et au réel.



































