Jacques Audiard secoue Cannes avec «Emilia Pérez» : une comédie musicale engagée 

72

Jacques Audiard réinvente la comédie musicale avec «Emilia Pérez», son film en compétition à Cannes sur un baron de la drogue mexicain qui change de vie et devient une femme, tourné avec deux énormes stars, Selena Gomez et Zoe Saldaña. 

A 72 ans, déjà récompensé d’une Palme d’or («Dheepan» en 2015), Jacques Audiard n’en finit pas de casser les codes. 

Tourné en espagnol, mêlant avec élégance thriller sombre dans l’ultraviolente société mexicaine et scènes chorégraphiées au son du reggaeton, de la musique mexicaine et même d’un classique de la chanson française, ce film inclassable a récolté 9 minutes d’applaudissements après sa projection et pourrait faire chavirer le coeur du jury. 

Sa présidente, Greta Gerwig, s’y connaît en la matière — elle a fait un hold-up sur le box-office mondial avec «Barbie». 

Pas de rose bonbon cependant dans «Emilia Pérez» mais la sombre réalité de la société mexicaine, rongée par la violence. 

Dans le rôle-titre, une actrice transgenre espagnole, Karla Sofía Gascón. 

Au début du film, elle est Manitas, le richissime chef d’un puissant cartel de la drogue mexicain. 

Il veut changer radicalement de vie: quitter le milieu criminel et devenir une femme, son aspiration profonde. 

Même si cela signifie disparaître aux yeux de son épouse (Selena Gomez) et de ses enfants. 

Un rôle en or pour l’actrice espagnole de 52 ans, connue pour ses rôles dans des productions mexicaines et des telenovelas. 

Karla Sofía Gascón a changé de genre à 46 ans, avec déjà une carrière établie, une épouse et un enfant. 

Elle en a sorti un livre autobiographique qui l’expose à l’homophobie et à la transphobie. Pour ce film, elle a tenu à incarner à la fois Manitas et Emilia, avant et après la transition. 

Pour exécuter son plan, le baron de la drogue fait enlever une avocate, Rita (Zoé Saldaña, vue dans «Avatar») abonnée à la défense des petits truands et autres maris violents, des dossiers qui «lui laissent un goût de merde dans la bouche». 

Elle devra l’aider à mener à bien son projet, de Bangkok à Tel Aviv, et deviendra sa plus proche collaboratrice.