Le smartphone, spectaculaire vecteur d’autonomie pour les déficients visuels

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Les déficients visuels profitent depuis quelques années du développement des smartphones, devenus un spectaculaire vecteur d’autonomie et d’intégration même s’ils nécessitent un apprentissage parfois complexe. A priori, il n’est pas facile d’utiliser un téléphone sans touches lorsqu’on fait partie des quelque 1,7 million d’aveugles et malvoyants de France, mais à condition d’être bien guidé ces outils peuvent fournir un appui crucial dans la vie quotidienne. «Ces appareils leur permettent de réaliser 90% des choses que peut réaliser un voyant», avec le gros avantage de constituer un support unique qu’on a toujours avec soi, explique Sophie Lacombe, ergothérapeute à la Fidev, association lyonnaise qui se consacre à la Formation, l’Insertion et la Réadaptation de Déficients Visuels. «Avant, une personne allait utiliser un agenda à gros caractère, un détecteur de couleur qui faisait aussi détecteur de lumière, un appareil pour écouter les livres audio ou son ordinateur pour avoir accès à ces mêmes livres ou aux journaux. Maintenant tout est concentré» dans un smartphone. Lui-même non-voyant, Laurent Tissier, rééducateur de 44 ans spécialisé en nouvelles technologies à la Fidev, précise que cette révolution date du début des années 2010, avec un impact notable sur les déplacements, la lecture, l’organisation d’agendas, le voyage ou le shopping. Parmi les nouveautés les plus surprenantes: «SeeingAI». Développée par Microsoft et disponible depuis l’an dernier, cette application identifie vocalement couleurs et lumières, décrit aux malvoyants le contenu d’une image et retranscrit textes, panneaux, tableaux d’affichage, étiquettes et même depuis peu l’écriture manuscrite. Google lui a récemment emboîté le pas avec «Lookout». Gratuites pour la plupart, «ces applis permettent de lire des étiquettes en scannant les codes barre, de prendre en photo des documents administratifs, de gérer son courrier, trier ses papiers sans demander de l’aide», détaille Mme Lacombe. Une autre application baptisée «Be My Eyes» («Sois Mes Yeux», ndlr) assiste les déficients visuels grâce à des bénévoles connectés par vidéo à distance, facilitant les gestes du quotidien. L’appli vient de dépasser le million de volontaires, pour une centaine de milliers d’aveugles et malvoyants inscrits. Un long apprentissage est souvent indispensable pour maîtriser les nombreux raccourcis gestuels et commandes vocales des smartphones, mais, selon Mme Lacombe, cela reste moins complexe que celui du braille.

«Le braille nécessite quand même de très bonnes capacités à la fois au niveau de la sensibilité mais aussi au niveau intellectuel. Cela demande beaucoup de temps avant d’être un brailliste aguerri», relève-t-elle. Les smartphones sont «un Graal qu’on a cherché pendant très longtemps pour ne pas avoir à développer des équipements (…) qui deviennent vite obsolètes», assure de son côté Sylvain Denoncin, président d’Okeenea, fournisseur d’équipements d’accessibilité pour malvoyants et malentendants. Dans la foulée d’Apple et des iPhone, qui ont joué un rôle précurseur à partir de 2011, le souci de l’adaptabilité pour les déficients visuels semble acquis du côté des développeurs et des systèmes d’exploitation. Et ce malgré quelques écueils. «Ces technologies se complexifient et cela peut devenir un frein. En outre, l’accessibilité de certains sites internet ou applis sont parfois inadaptés et des bugs apparaissent au moment des mises à jour», détaille M. Tissier, reconnaissant toutefois que le smartphone reste à ce jour le meilleur allié des personnes en situation de handicap.