Polémique autour de Frontières : son fondateur jugé pour avoir divulgué des données d’avocats spécialisés en droit des étrangers

Polémique autour de Frontières : son fondateur jugé pour avoir divulgué des données d’avocats spécialisés en droit des étrangers

Un prénom, un nom, une ville : le directeur et fondateur du média identitaire Frontières, Erik Tegnér, comparaît jeudi à Bobigny pour la publication, en janvier 2025, des données d’avocats spécialisés en droit migratoire. A la barre, ils ont décrit «la sidération», «la peur», «la colère» de voir leur identité étalée dans les pages du magazine, du site internet et des réseaux sociaux de Frontières, accolée à un titre tapageur: «Les coupables cachés du chaos migratoire». Les faits remontent au 30 janvier 2025 et la publication d’une «enquête dans les tribunaux», intitulée: «Ces avocats militants qui font du business sur les clandestins», mettant en cause plusieurs avocats à travers la France. Ces derniers étaient présentés avec leur nom, leur prénom et la ville où ils exercent comme des «militants idéologiques», désignés comme les «coupables» de la crise migratoire et soupçonnés d’avoir fait un «business juteux» de la défense des migrants. Une avocate de Dijon, partie civile dans la procédure, a raconté son anxiété après la parution de son nom, «les cauchemars», la «vie perturbée» pour elle, son conjoint, ses enfants. «Le fait d’être qualifiée de coupable du chaos migratoire, ça appelle à ce qu’on soit sanctionné», s’est insurgée une de ses consoeurs de Tours. «Et quelle sanction s’applique? Une sanction par les armes, par la violence», a-t-elle poursuivi. Le patron de Frontières, ancien directeur de la publication, est poursuivi pour «doxing», soit la «divulgation d’information personnelle permettant d’identifier ou de localiser une personne et exposant à un risque indirect d’atteinte à la personne ou aux biens». Un délit, passible de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende, introduit en 2021 après la mort de Samuel Paty, identifié grâce à son nom et à l’adresse du collège où il enseignait. «C’est une procédure bâillon d’intimidation judiciaire pour museler un organe de presse qui consacre un numéro sur l’immigration», a déclaré Me Frédéric Pichon, l’un des avocats d’Erik Tegnér. «Je considère qu’on a fait notre travail», a répondu à la barre ce dernier. «Vous n’avez pas l’impression d’avoir mis une cible dans le dos de ces avocats ?», a interrogé le président du tribunal, Youssef Badr. «A aucun moment, il n’a été question de livrer des avocats à la vindicte. (Indiquer) une ville ne peut pas dire mettre en danger un avocat», a affirmé le fondateur de Frontières, s’attirant les soupirs des nombreux avocats présents dans la salle, venus soutenir leurs pairs. Le président du tribunal a rappelé au prévenu les très nombreux commentaires haineux publiés sous l’article en ligne et sur les réseaux sociaux de Frontières: «avocats véreux», «payés avec vos impôts», «des traîtres qui défendent des terroristes», «à mort», «à chacun une balle». «Je ne suis pas responsable des dingues», a simplement commenté Erik Tegnér, ajoutant que lui-même est souvent la cible de commentaires injurieux. Frontières est né en 2024 sur les cendres de Livre noir, média proche des idées du dirigeant d’extrême droite Eric Zemmour. Il se décline en version papier (un magazine trimestriel tiré de 30.000 à 35.000 exemplaires) et numérique, où il cumule un million d’abonnés sur ses différents réseaux sociaux. M. Tegnér, 32 ans, est un ancien militant des Républicains. Il en avait été exclu en 2019 pour avoir prôné «l’union des droites» avec l’extrême droite. Avant l’audience, il a rappelé la relaxe prononcée à son encontre l’année dernière à Marseille, après la publication de noms d’avocats sur le compte X de Frontières.

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