Le procès en appel de deux chroniqueurs connus, dont le journaliste franco-tunisien Mourad Zeghidi, qui a été dénoncé par l’ONG Reporters sans frontières comme «du harcèlement judiciaire», a repris mardi à Tunis. Après deux journées ayant débouché sur un refus d’une mise en liberté provisoire jusqu’au jugement, l’audience va porter sur le fond et les plaidoiries sont prévues, selon plusieurs avocats.
Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Union européenne sont présents dans la salle. En janvier, M. Zeghidi, ancien commentateur sportif sur Canal+, et son confrère Borhen Bsaies ont été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour «blanchiment d’argent» et «évasion fiscale».
Les deux chroniqueurs avaient été arrêtés puis emprisonnés à partir de mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.
Alors qu’ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, une peine réduite en appel, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.
A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu’»après 23 mois d’enquête, aucun élément sérieux n’a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible». «Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l’essentiel: c’est leur travail journalistique qui est à l’origine de ces poursuites», a-t-il dit, appelant à leur «libération immédiate et inconditionnelle».
Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour «atteinte à autrui», après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.
L’ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d’investigation Inkyfada, risque de disparaître. Lundi, le tribunal de première instance de Tunis a reporté au 1er juin l’examen d’une demande de dissolution la visant.
Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l’été 2021, par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs.
Dans un communiqué diffusé lundi, l’organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de «tentatives d’utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG».



































