À l’occasion du lancement, le 18 mai, de « L’été 36 », nouvelle fiction événement de TF1, Iris Bucher, présidente de Quad Drama, revient sur les ambitions de cette fresque historique.
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Après le succès du «Bazar de la Charité» et des «Combattantes», comment avez-vous travaillé «L’été 36» pour renouveler l’ADN de cette anthologie ?
Iris BUCHER
Cela s’est imposé très naturellement, par le choix de l’époque. Après le succès des «Combattantes», la question était simple : que fait-on ensuite ? Le réflexe aurait été d’aller vers la Seconde Guerre mondiale, mais je trouvais cela trop attendu, pas suffisamment original. En regardant l’histoire de France, on s’est rendu compte qu’à part mai 68 (qui peut être plus clivant), le seul moment de rupture sociétale aussi fort, c’est l’été 1936, avec l’instauration des premiers congés payés. C’est une période passionnante : politiquement très dense, mais aussi profondément joyeuse. Une sorte de bulle de bonheur entre deux guerres. Les gens partent en vacances pour la 1ère fois, 15 jours payés… À partir de là, comme il n’y avait pas le même socle tragique que dans «Les Combattantes», j’ai eu envie de faire un pas de côté. Et ce pas de côté s’est incarné dans le genre: un «murder mystery case», un polar ludique à la manière d’Agatha Christie. J’ai présenté le projet à TF1 en disant : «C’est Agatha Christie qui rencontre les congés payés». Ça leur a plu !
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Vos séries mettent systématiquement en avant des personnages féminins puissants. Comment évitez-vous de tomber dans des schémas répétitifs ?
Iris BUCHER
En partant toujours du réel. Je vous donne un exemple très concret avec le personnage interprété par Constance Gay. Ce personnage est né d’une réalité historique : jusqu’à fin 1935, les femmes n’avaient pas le droit de travailler dans la police. En 1936, on crée un statut d’auxiliaire de police, qui correspondait à une forme d’assistante sociale chargée pour ainsi dire, des veuves et des orphelins. J’ai trouvé cela formidable, car cela me permettait d’introduire un personnage féminin au cœur même du commissariat, aux côtés d’un commissaire (évidemment masculin), pour rester cohérent historiquement. Le personnage de Léonie est officiellement cantonné à un rôle social, mais elle se révèle être une excellente enquêtrice, même si elle n’a pas le droit d’enquêter. C’est une figure nouvelle dans la collection : une femme qui entre dans un univers professionnel jusque-là interdit.
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La série impressionne aussi par son ambition de production…
Iris BUCHER
L’obsession, c’est toujours le projet et sa qualité. Les arbitrages se font dans l’intérêt du récit, mais bien sûr, il faut composer avec des contraintes budgétaires permanentes. Je vous donne un exemple très concret : au départ, on avait imaginé une grande séquence sur un yacht pour représenter une réunion mondaine de la bourgeoisie. Sur le papier, c’était parfait. Mais très vite, on s’est rendu compte que c’était extrêmement complexe et coûteux. Lors des repérages, on a découvert par hasard un belvédère à Nice, avec une vue exceptionnelle. Il répondait parfaitement à nos besoins narratifs. On a donc remplacé le yacht par ce décor. Je trouve le résultat très réussi. Certes, cela a impliqué davantage d’effets visuels pour effacer la modernité du paysage, mais globalement, c’était plus maîtrisable. Ce sont des arbitrages permanents, que l’on fait avec le réalisateur Fred Garson et mon producteur exécutif Marc Bregain.
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Comment vous positionnez-vous dans cet écosystème en mutation ?
Iris BUCHER
Je vais rester fidèle à ce que j’ai toujours fait. Une amie productrice m’a dit un jour que je faisais du «elevated mainstream», et j’ai trouvé que cette expression me correspondait bien. Je fais du grand public, j’aime cela et je le revendique – mais avec une exigence de qualité, une ambition narrative et de production élevées. Et je pense qu’aujourd’hui, malgré les évolutions certaines, cela correspond encore à ce qui est attendu. Bien sûr, il faut se poser de nouvelles questions: comment intégrer l’intelligence artificielle, comment faire évoluer les processus de production, comment adapter les rythmes narratifs… Mais j’ai une conviction très forte : on ne réinvente pas la roue. Toutes les histoires existent déjà, depuis la Grèce antique. Les grandes thématiques sont toujours les mêmes : l’amour, la trahison, la vengeance, la quête de soi… Un polar, aujourd’hui comme il y a 500 ans, repose sur les mêmes motivations : l’argent, la vengeance, la jalousie, ou parfois la folie. Ce qui change, ce sont les outils, les méthodes d’enquêtes, les décors, les rythmes. On raconte les mêmes histoires, mais différemment.
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Un dernier mot ?
Iris BUCHER
Oui, il est important de rappeler que je ne suis pas seule. Il y a derrière ce projet des auteurs formidables, Marie Deshaires et Catherine Touzet, ainsi qu’un réalisateur exceptionnel, Fred Garson. Je crois énormément à ce que j’appelle le «triangle d’or»: auteur, producteur, réalisateur. Et par ailleurs, j’ai aussi une belle équipe – je l’appelle la Quad Drama Dream Team !


































