Accord LFP-Mediapro : l’avenir du foot français devant la justice

330

L’avenir du foot français devant la justice: le tribunal de commerce de Nanterre a commencé à examiner jeudi un protocole d’accord entre la Ligue de football professionnel (LFP) et Mediapro, son diffuseur défaillant, en vue d’une rupture de contrat et d’une réattribution des droits TV. L’épilogue tant attendu par les clubs professionnels approche. Une validation de ce protocole par le président du tribunal, qui doit rendre sa décision d’ici quelques jours, mettrait un point final à deux mois de négociations, et surtout à deux ans d’espoir brutalement transformé en fiasco. Le groupe hispano-chinois, nouveau venu sur le marché français, détient encore 80% des rencontres des championnats de Ligue 1 et Ligue 2, achetés pour plus de 800 millions d’euros annuels… Mais il s’apprête à renoncer à ces droits, dont il n’a pas pu honorer le paiement depuis octobre, alléguant la crise sanitaire. L’audience a démarré peu après 15h00 en présence de tous les acteurs clés du dossier: Jaume Roures, le patron catalan de Mediapro, Julien Bergeaud, directeur général de Mediapro en France, le président de la Ligue Vincent Labrune et le conciliateur Marc Sénéchal, qui a arbitré la négociation. Elle doit signer la fin d’une procédure de conciliation entamée le 19 octobre et permettre à la Ligue de récupérer ses droits télévisuels au plus vite, dans l’optique de les revendre à un diffuseur plus solvable. Concrètement, selon plusieurs sources ayant connaissance du dossier, le président du tribunal de commerce est chargé d’homologuer le protocole d’accord élaboré entre les 2 parties en fin de semaine dernière. Le «deal» prévoit donc que Mediapro renonce à ses droits TV en échange de l’assurance que la Ligue ne le poursuivra pas en justice ensuite. Son homologation donnera un peu d’air aux trésoreries des clubs, car elle validera le versement par Mediapro d’un dédommagement de 64 millions d’euros. Cette indemnité a été payée par Mediapro et sera définitivement reversée à la Ligue dès l’homologation de l’accord. La manne reste néanmoins loin des 325 M EUR non payés entre octobre et décembre, même si 36 millions supplémentaires sont attendus au 1S 2021. La validation du protocole signera du même coup la fin prochaine de Téléfoot, la chaîne de Mediapro créée ad hoc cet été, même si celle-ci continuera de diffuser les rencontres au moins jusqu’au 23 décembre, date de la 17e journée de Ligue 1, et se tient prête à émettre jusqu’à ce qu’un nouveau diffuseur soit trouvé, au plus tard le 31 janvier 2021. La diffusion des matches de ce week-end semble elle partie pour se dérouler normalement: les syndicats du prestataire technique Mediapro France, chargé de la production des matches, ont retiré mercredi soir un appel à la grève lancé plus tôt dans la journée, après avoir été rassurés par Jaume Roures dans la soirée. Une fois l’accord LFP-Mediapro entériné par le tribunal de commerce, la Ligue devra rechercher de nouveaux diffuseurs. Tous les regards se tourneront quoi qu’il arrive vers Canal+. La chaîne historique du football français, déjà détentrice de deux matches de L1 par journée, reste très discrète depuis plusieurs semaines même si selon plusieurs sources proches du dossier, elle a été concernée par la négociation entre Mediapro et la Ligue, avant de prendre du recul dans les derniers jours. Forte de son alliance avec beIN Sports, ex-diffuseur de certains lots de Ligue 1 et de Ligue 2 et notamment des multiplex de chaque journée, la chaîne cryptée semble en pole position pour formuler une offre, même si d’autres acteurs (RMC Sport, Amazon, DAZN?) existent. L’immense interrogation concernera le montant futur des droits TV, avec une décote probable de plusieurs centaines de millions d’euros par an par rapport au 1,217 milliard d’euros annuel initialement obtenu, L1 et L2 comprises. Et des conséquences à craindre pour les finances des clubs, déjà très fragilisées par la crise sanitaire.