B. GRANGE (Dentsu Aegis Network) : «Le succès d’une stratégie digitale est davantage une affaire de réflexes que de moyens»

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Benjamin GRANGE, Directeur Général Délégué de Dentsu Aegis Network

Hier matin, dans les locaux de Facebook, le 1er baromètre de la présence digitale des départements français a été révélé. Cet outil mesure à la fois la présence numérique, la proximité et la cohérence de l’écosystème digitale. Détails avec Benjamin GRANGE, DG Délégué de Dentsu Aegis Network.

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La révolution digitale est-elle avant tout une révolution des usages ?

Benjamin GRANGE

Totalement ! C’est un mouvement d’amélioration continu. Tous les acteurs publics comme privés doivent se mettre au diapason de cette vitesse d’évolution des médias. Huit Français sur dix sont inscrits sur un réseau social. Le temps passé dessus représente environ 1h20 par jour. 80% des internautes achètent en ligne et 99,7% des Français disposent d’un téléphone mobile. Près de la moitié d’entre eux possède un smartphone et donc, une connexion internet en permanence. Nous constatons que l’usage du numérique peut encore largement progresser. Tout l’enjeu de la transformation numérique est de combler les fossés dans les usages pour que le consommateur, ou le citoyen, puisse accéder aux mêmes niveaux d’usage, qu’il s’adresse à une marque ou un acteur public. Si nous avons souhaité nous associer à ce baromètre de la présence digitale des départements français, c’est pour disposer d’un outil pratique qui permette de faire progresser les départements les plus distancés dans cette révolution numérique. Dans une perspective européenne, la France est placée derrière les pays nordiques dans les interactions entre citoyens et administrations.

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A l’instar des grands médias, les départements français ont-ils correctement pris le 1er virage numérique ?

Benjamin GRANGE

Oui c’est le cas. Les départements ont mis en place un écosystème numérique complet. Les enjeux liés à une bonne maîtrise de ces outils sont fondamentaux. Il ne faut pas se limiter à une action ponctuelle mais à un mouvement continu. Avec les grands rendez-vous électoraux qui nous attendent cette année, il est évident que l’on se pose la question de l’interaction entre une collectivité locale, un département, et ses administrés ou citoyens.

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La révolution numérique est donc celle du lien social ?

Benjamin GRANGE

C’est exact. 32 millions de Français utilisent Facebook et ils sont 61% à le faire chaque jour. C’est plus que la moyenne mondiale qui est de 56%. Au fil du temps, les réseaux sociaux s’inscrivent comme un lieu de conversation des populations. Ces plateformes offrent de nouveaux moyens de mobilisation en complément de l’action locale. Il n’est pas étonnant que les réseaux sociaux et internet deviennent parfois des canaux privilégiés d’expression un peu contestataires. Parfois même, ils véhiculent la rancœur de la société en mal de confiance démocratique. Demain, ce sont les 16-24 ans qui dialogueront uniquement par la voie sociale. Chaque génération invente ses propres codes et moyens de communication, même si parfois cela revient à faire du neuf avec du vieux. Cela se fera naturellement sur mobile. Pour résumer, le rapport entre le citoyen et ses représentants élus évoluent plus vite avec le numérique.

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Faut-il prévoir un budget conséquent pour parler efficacement sur le digital?

Benjamin GRANGE

Non. Le succès d’une stratégie digitale est davantage une affaire de réflexes que de moyens. Les départements ayant par exemple les budgets les plus importants ne sont pas les plus actifs. Il faut être astucieux, comprendre qui sont vos alliés dans le changement et les plus récalcitrants aussi. Les usages des particuliers évoluent plus vite que la maturité des entreprises et des acteurs publics. Cela crée ainsi un fossé numérique. La logique de la transformation est donc de réduire ce fossé pour faire en sorte que l’usage soit aussi fluide quand vous interagissez