Le streaming a rapporté plus de la moitié de ses revenus pour la 1ère fois en 2018

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Le streaming, moteur de la croissance retrouvée du marché de la musique en France, a rapporté plus de la moitié de ses revenus pour la première fois en 2018. Des abonnements payants à la concurrence des plateformes gratuites, il cristallise les enjeux d’un secteur en rémission. D’après les chiffres publiés jeudi par le Snep, principal syndicat des producteurs, le marché de la musique enregistrée en France (CD, vinyles, numérique) a réalisé en 2018 une croissance de 1,8%, inférieure à celles de 2016 (+5,4%) et 2017 (+3,9%).

Les ventes physiques et numériques ne représentent encore que 40% du chiffre d’affaires de 2002 (1,4 milliard d’euros), mais le secteur confirme sa reprise pour la troisième année consécutive. «Ce nouvel usage de consommation, le streaming, et surtout le streaming payant, permet enfin, depuis trois ans, de compenser la baisse du marché physique, qui est constante mais pas affolante», a déclaré Olivier Nusse, président du Snep et PDG d’Universal Music France (groupe Vivendi).

Les ventes physiques ont baissé de 15% en 2018. Outre la transformation structurelle du marché, elles ont été affectées par les manifestations des «gilets jaunes» à la fin de l’année, la période habituellement la plus faste pour les ventes de CD. Le record historique de ventes pour l’album posthume de Johnny Hallyday, «Mon pays c’est l’amour» (5e meilleure vente mondiale d’albums), n’a pas enrayé la tendance, mais «sans Johnny, le marché physique aurait baissé de 5% de plus», précise Olivier Nusse. Les ventes numériques augmentent, elles, de 19%, portées essentiellement par le streaming, qui bondit de 26%, tandis que les revenus des téléchargements ou de la téléphonie mobile baissent d’environ 20%. Les abonnements à des plateformes de streaming, comme Spotify, Deezer ou Apple Music, représentent plus de 80% du chiffre d’affaires du streaming. La France compte désormais 5,5 millions d’abonnés payants. «Il y a une marge de progression, avec une population de 67 millions» d’habitants, note Olivier Nusse. «Je suis optimiste, même si je ne vois pas de campagnes massives en faveur de l’abonnement. J’aimerais que ce soit plus le cas». Le reste des revenus du streaming provient des publicités adossées au streaming audio ou vidéo gratuit, sur YouTube (filiale de Google) par exemple. Ils sont en hausse de près de 40% sur un an, mais l’industrie n’en récupère qu’une petite partie.

«Le streaming vidéo représente plus de la moitié du temps consacré au streaming musical en France, mais ne compte que pour 11% des revenus du streaming», dénonce le Snep dans son communiqué. Les producteurs et artistes ont baptisé ce phénomène «value gap»: «c’est ce gouffre entre la valeur que ces plateformes retirent de la musique et ce qu’elles payent aux créateurs», selon les mots de l’ex-Beatle Paul McCartney, dans une lettre ouverte adressée au Parlement européen le 3 juillet dernier. Le Snep espère donc que la directive sur le droit d’auteur, qui sera examinée au Parlement européen à la fin du mois, permettra un rééquilibrage. L’article 13 de la directive, qui doit renforcer la position de négociation des créateurs et ayant droits, «ne va pas tout résoudre d’un coup, mais ça va responsabiliser les plateformes sur le fait de bien valoriser les droits des contenus diffusés chez eux», précise Olivier Nusse.