Protection des mineurs : l’UE dévoile une application de vérification d’âge

Protection des mineurs : l’UE dévoile une application de vérification d’âge

Une application de vérification d’âge sera «bientôt» mise à la disposition des citoyens européens, a annoncé mercredi la Commission européenne, sans encore se prononcer sur l’éventuelle instauration d’une «majorité numérique» à l’échelle de l’UE. Cette application, testée depuis l’an dernier dans plusieurs pays européens, est désormais «techniquement prête et sera bientôt utilisable par les citoyens», selon sa présidente, Ursula von der Leyen. Il s’agit d’«une solution simple et gratuite pour mettre nos enfants à l’abri des contenus dangereux et illégaux». Les utilisateurs devront s’enregistrer dans cette application avec leur passeport ou leur carte d’identité. Cela leur permettra ensuite de prouver leur âge «de manière complètement anonyme, et sans pouvoir être tracés», a-t-elle promis. Pour ce faire, l’UE dit s’être appuyée sur une technologie cryptographique dite «zéro-connaissance» (en anglais «Zero-Knowledge Proofs»), qui permet de prouver qu’on dispose d’une information sans la révéler. L’application n’est pas encore accessible au grand public, mais elle pourra à terme être téléchargée sur les magasins d’application d’Apple et Google. Les Etats pourront en outre intégrer cette solution dans leurs systèmes de vérification nationaux (comme les portefeuilles d’identité numérique), et surtout, «les plateformes en ligne pourront se reposer sur elle» pour s’assurer de l’âge de leurs utilisateurs, a expliqué Mme von der Leyen. Du coup, ces dernières «n’auront plus d’excuses» pour se défausser de leurs obligations envers les mineurs, dit-elle. La Commission a ainsi affiché sa détermination à agir pour protéger les enfants et adolescents, avec l’aide de son arsenal législatif, dont le réglement européen sur les services numériques (DSA). La dirigeante a salué les «grands progrès» réalisés par plusieurs Etats-membres qui veulent réguler ou interdire l’accès des réseaux sociaux aux mineurs, en particulier la France, le Danemark, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, Chypre et l’Italie, soulignant qu’ils avaient prévu de s’appuyer sur cette application. Ces Etats poussent eux-mêmes la Commission à accélérer le mouvement. Le président français Emmanuel Macron organise d’ailleurs jeudi une visioconférence avec des dirigeants européens, dont Ursula von der Leyen, histoire de maintenir la «pression», la mobilisation et le tempo sur ces sujets, et de ralllier d’autres pays européens à cette cause. Cette réunion pourrait aussi permettre, selon l’Elysée, d’avancer sur la mise en place d’un seuil d’âge commun (ou majorité numérique) alors que pour l’instant les interdictions prévues dans plusieurs pays européens varient de 14 à 16 ans. La France elle-même veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée de septembre. Mais pour le moment, la Commission européenne se refuse à trancher sur cette question. Mme von der Leyen, qui y est favorable à titre personnel, dit attendre les conclusions que doit lui remettre cet été un comité d’experts. Tout en saluant l’application présentée mercredi, l’eurodéputée Renew (centre) Stéphanie Yon-Courtin, appelle la Commission à ne pas s’arrêter là. «Il faut accélérer et avancer vers une véritable approche européenne de la majorité numérique, pour éviter une fragmentation des règles entre les États membres», plaide-t-elle. Plusieurs organisations de défense des libertés en ligne voient au contraire cette initiative d’un très mauvais oeil. «C’est une annonce totalement vide, sans rien de neuf à part des promesses renouvelées d’appliquer avec retard le DSA», a dénoncé Simeon de Brouwer, du réseau d’ONG European Digital Rights (EDRi). Selon lui, se reposer sur la vérification d’âge pour protéger les mineurs est une mauvaise approche, car cela empiète sur les libertés publiques, tout en dédouanant les plateformes de leurs responsabilités.

«Cette technique ne permet absolument pas de garantir à quiconque le respect de son anonymat, c’est bien au contraire la fin de l’anonymat que ce type d’application est en train d’entraîner, puisque cela reste une opération où l’internaute doit s’identifier auprès d’un tiers de confiance», prévient de son côté Bastien Le Querrec, juriste de l’association française La Quadrature du Net. En outre, «c’est une vision paternaliste de la régulation des contenus en ligne, qui ne poursuit pas un réel objectif de protection des enfants, sinon on s’attaquerait aux modèles économiques addictifs des réseaux sociaux», commente-t-il.

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