Une frontière de plus en plus floue entre documentaires et fictions

La télévision est revenue ces derniers mois sur des pans de notre histoire récente, via des fictions comprenant des images d’archives: un mélange des genres revendiqué par les réalisateurs mais qui est parfois source d’ambiguïté pour le téléspectateur. «Le mélange des archives et de la fiction permet une confrontation entre la vie publique et la vie réelle», a estimé le réalisateur Bernard Stora, lors d’un débat organisé au Festival international des programmes audiovisuels (FIPA) qui se déroulait à Biarritz jusqu’à samedi. Son film «Le grand Charles» (diffusé en mars 2006 sur France 2), qui retrace la traversée du désert du général de Gaulle de 1946 à 1958, débute par des images d’archives du général accompagné de sa femme et de son aide de camp sur une plage d’Irlande en 1969. «Que se disaient-ils? Seule une fiction, mais une fiction «vraisemblable», permet d’apporter une réponse», déclare Bernard Stora. La manipulation de l’archive est bien évidemment possible, reconnaît-il. C’est à l’auteur de faire preuve de «responsabilité» et d’»honnêteté», sans nier sa subjectivité, ajoute-t-il. William Karel, auteur de documentaires, qualifie sa première fiction «Poison d’avril» (diffusé le 19 janvier 2007 sur Arte) de «documentaire dans lequel j’ai injecté des comédiens». «Poison d’avril» revient sur les cinq dernières semaines de la campagne présidentielle d’avril 2002, à travers la rédaction d’une chaîne de télévision. Le film comprend de nombreuses images d’archives montrant les candidats pendant la campagne.Pour ces deux films, le téléspectateur peut clairement visualiser le va-et-vient entre les images d’archives et les scènes de fiction jouées par des comédiens. Mais l’édition spéciale du journal télévisé diffusé le 13 décembre sur la chaîne de télévision belge RTBF, relatant la partition de la Belgique, avait tous les attributs de la réalité: interviews de véritables hommes politiques, analyses de politologues, compte-rendus de journalistes, reportages… Il s’agissait pourtant d’un canular. Cette émission avait pour but de provoquer «un électrochoc» dans l’opinion publique, explique Philippe Dutilleul, journaliste à la RTBF. «Nous voulions montrer ce que signifierait concrètement» la séparation entre la Flandres et la Wallonie, régulièrement évoquée par certains hommes politiques. Mais pour François Jost, professeur d’histoire à la Sorbonne Paris III, «le téléspectateur a été piégé». «Le but était d’entretenir la confusion alors que l’on sait que la différence entre la réalité et la fiction est structurante», s’insurge-t-il.

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