À l’occasion de la préparation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de Milan-Cortina du 6 février au 15 mars, Pascal GOLOMER, directeur délégué en charge de l’éditorial à France Télévisions, détaille un dispositif ambitieux pensé pour le téléspectateur. Plateaux réels et virtuels, couverture en continu sans décalage horaire, mise en valeur renforcée du parasport et projection déjà assumée vers Alpes 2030 : entretien avec l’un des architectes de la narration olympique du service public.
Les Jeux d’hiver Milan-Cortina marquent un retour des JO en Europe, sans décalage horaire. En quoi ce contexte change-t-il fondamentalement votre approche éditoriale ?
Nous sommes évidemment ravis de voir les Jeux revenir en Europe, sans décalage horaire. C’est une chance immense, mais aussi une vraie responsabilité, car cela nous permet de proposer, à des heures de très grande écoute, l’ensemble des grandes épreuves. Nous ne sommes plus dans une logique de diffusion en pleine nuit : nous allons être en direct dès le début des compétitions, entre 9h et 9h30 le matin, jusqu’à la fin des épreuves à 23h. Juste après les épreuves, nous proposerons notre magazine quotidien, entre 23h et minuit. Cela nous offre une journée de sport non-stop, entièrement en direct. C’est une exposition exceptionnelle pour les sports d’hiver, et à nous d’informer le public pour qu’il puisse organiser sa matinée, son après-midi ou sa journée entière autour des Jeux. Ce contexte bénéficie aussi pleinement aux Jeux Paralympiques, qui pourront eux aussi être exposés jusqu’à 7h/jour à des horaires accessibles au plus grand nombre. Ce contexte bénéficie aussi pleinement aux Jeux Paralympiques, qui pourront eux aussi être exposés à des horaires accessibles au plus grand nombre avec jusqu’à 7h d’antenne par jour.
Qu’est-ce qui change dans votre manière de raconter et de faire vivre les Jeux au quotidien ?
Dès le départ, nous avons pensé le dispositif en tenant compte de la géographie très éclatée de ces Jeux, répartis sur trois régions différentes. L’objectif était clair : être au plus près des athlètes, pour que le téléspectateur ne manque rien, ni sur les sites de compétition ni en dehors. C’est pourquoi nos commentateurs seront présents sur les sites, au cœur des enceintes sportives, et que nous déploierons également une équipe de reportage sur chacun des pôles. Cela nous permet de raconter les Jeux au plus près du terrain, mais aussi de nourrir une émission du soir vivante et incarnée. Traditionnellement, nous recevons les athlètes et les médaillés dans le «JO Club» pour célébrer leurs performances. Le problème, ici, ce sont les distances : les athlètes ne peuvent pas toujours se déplacer le soir même. Nous avons donc imaginé un dispositif technique innovant, avec des plateaux installés sur chaque site, en fond vert. Les athlètes pourront ainsi rester à leur hôtel, rejoindre ce plateau local et être incrustés virtuellement autour de la table du «JO Club». Cela permet de conserver la chaleur, la spontanéité et la joie du direct, sans contrainte logistique excessive.
Les Jeux sont répartis sur quatre pôles géographiques. Comment avez-vous répondu à cette contrainte éditoriale sans perdre en réactivité ni en incarnation à l’antenne ?
Nous avons fait le choix d’installer nos commentateurs directement sur les sites, au plus près des compétitions. L’expérience montre que cela apporte un vrai supplément d’âme au direct. Les commentateurs vivent les Jeux de l’intérieur, ressentent l’ambiance, les émotions, et cela se ressent immédiatement à l’antenne. Nous avons également déployé six équipes de reportage, réparties sur les différents sites. Cela nous permet, chaque jour, de capter des moments de vie, des scènes de public, des instants hors compétition que nous retrouvons ensuite dans l’émission du soir. Contrairement aux éditions asiatiques, où les supporters européens avaient plus de difficultés à se déplacer, nous allons ici vivre une véritable fête olympique, dans les Alpes, à proximité de la Suisse et de l’Autriche. Cette ambiance, c’est à nous de la raconter et de la partager, grâce à des équipes dédiées sur chaque pôle.
Vous évoquiez l’installation de fonds verts sur les sites de compétition pour accueillir les médaillés sans déplacement. Est-ce une évolution durable de vos dispositifs grands événements ?
Oui, clairement. Milan-Cortina marque une évolution dans notre manière de faire, avec ces plateaux virtuels installés sur les sites. C’est aussi un véritable laboratoire pour la suite. Les Jeux de Los Angeles en 2028 proposeront eux aussi des sites très éloignés les uns des autres. Et lorsque l’on regarde la carte des sites d’Alpes 2030, on comprend immédiatement que la question des distances se posera également. Milan-Cortina est donc important à la fois pour ces Jeux de 2026, mais aussi pour réfléchir dès maintenant à la façon dont nous raconterons les prochains Jeux, qu’ils soient d’été ou d’hiver.
Près de 250 heures de direct, 350 heures en incluant les magazines : comment maintenir une cohérence éditoriale sur une amplitude aussi large ?
La cohérence repose d’abord sur un plateau central, qui vit du matin au soir. Nous serons installés à Milan toute la journée, ce qui crée un fil rouge éditorial très fort. Ensuite, il y a l’expérience et le savoir-faire des équipes de France Télévisions. Il existe aujourd’hui un véritable «ton France Télé» : un mélange d’enthousiasme, de passion et d’expertise. Nous nous appuyons sur une équipe d’environ 25 consultants, pour beaucoup anciens champions ou médaillés olympiques. Ils apportent à la fois de la pédagogie – pour expliquer des disciplines parfois méconnues – et une émotion très forte. C’est cette combinaison qui garantit la cohérence de l’ensemble du dispositif.
Comment ces Jeux s’inscrivent-ils dans la trajectoire vers Alpes 2030 ?
Pour nous, Milan-Cortina est clairement une première étape vers les Jeux d’hiver en France. Nous l’avons vu en 2024 : organiser des Jeux dans son propre pays, c’est une autre dimension. Milan-Cortina va nous permettre de tester des dispositifs de production dans un contexte de sites très éclatés, et d’imaginer comment nous raconterons, dans les années à venir, les Jeux qui auront lieu en France. Nous travaillons déjà avec les équipes du CNOSF et celles d’Alpes 2030. Pour tout le monde, ce n’est pas un aboutissement, mais bien un point de départ.

































