Dans la campagne alsacienne, France Télévisions tourne «La Résistance»

Sur le quai d’une gare, l’étoile jaune à la poitrine et une valise aux pieds, des mères entourent leurs enfants: dans la campagne alsacienne, des figurants participent au tournage de «La Résistance», une série documentaire pour France Télévisions qui raconte «une société civile confrontée à la barbarie». La scène est tournée à Sentheim, un petit village du Haut-Rhin, où une association de passionnés entretient une voie ferrée désaffectée et un train d’avant-guerre. La reconstitution (qui s’appuie sur des faits réels, comme toutes les scènes tournées pour le documentaire) raconte la déportation de familles juives à la gare de Lille-Fives, en septembre 1942. Des infirmières d’un hôpital voisin, sous prétexte de donner à manger aux enfants, persuadent les parents de leur confier leurs enfants. Des cheminots retardent le départ du train et d’autres détournent l’attention des soldats de la Wehrmacht. «Après la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942, le choc est considérable dans l’opinion, qui n’accepte pas de voir des flics français embarquer femmes et enfants», explique Christophe Nick, auteur de nombreux documentaires et à l’origine du projet. L’idée lui est venue lorsqu’il tournait en 2004 «Chroniques de la violence ordinaire», dans la banlieue parisienne. Alors qu’il tentait de les raisonner, plusieurs petits délinquants lui avaient rétorqué que «la France, c’est la démocratie molle et vous vous êtes tous couchés en 1940». «Ce qui est terrible, c’est notre méconnaissance. Elle nous fait voir nos sociétés contemporaines comme des sociétés qui n’en valent pas le coup. Cela tue dans les banlieues…», s’insurge Christophe Nick, co-scénariste du film. La série se veut une «réhabilitation» de cette période de l’histoire et une étude de la «résistance civile, sans armes», ajoute-t-il. Nous sommes passés d’une vision «tous résistants» dans les années 50 à «40 millions de Pétainistes» vingt ans plus tard. Mais depuis 15 ans, les historiens, tel que le Britannique Julian Jackson, mettent à mal ces visions sommaires. Selon cet universitaire, on peut commencer à écrire l’histoire de la Résistance en France car l’on sort du temps des témoins et des passions. «Notre idée n’est pas d’être blanc ou noir mais de comprendre ce que fait une société civile lorsqu’elle est confrontée à la barbarie», souligne l’auteur du film.

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