Le nom de domaine du site de l’association Iran Justice, qui documente les présumées violations des droits humains commises par la République islamique, a été racheté et diffuse désormais du « contenu pro-régime » de Téhéran, a dénoncé mardi sa présidente Chirinne Ardakani. Cette avocate et militante des droits humains basée à Paris dénonce « une opération de déstabilisation et de propagande orchestrée selon toute vraisemblance par des agents iraniens dans l’espace numérique pour saboter le nom de notre association et son engagement à dénoncer les crimes commis ». « Notre nom (de site internet, ndlr) était retombé dans le domaine public depuis quelques jours car nous devions renouveler notre licence (…) et lorsque nous avons voulu le faire, nous avons eu la très mauvaise surprise de constater que cela était impossible. Il avait déjà été racheté », a-t-elle expliqué. « Nous avons également découvert que notre site avait été complètement refait, notre contenu a été écrasé et remplacé par du contenu pro-régime », a poursuivi l’avocate, virulente critique des dirigeants iraniens. La nouvelle version du site, dont la page d’accueil arbore désormais le drapeau de la République islamique, se présente comme un site d’informations « sur les derniers développements en Iran et dans d’autres pays arabes en transition », proposant « une couverture médiatique équitable et démocratique ». On y trouve des articles – les plus anciens datés du 22 janvier – intitulés notamment « Quel est le rôle du guide suprême en Iran et pourquoi est-il central dans le régime? » ou encore « Quelle est la situation actuelle en Iran? », visiblement générés par intelligence artificielle. Tous les articles sont signés d’un dénommé Arash Mezrabi, présenté comme « un analyste géopolitique spécialisé sur l’Iran et le monde arabe », « ancien chercheur indépendant et chroniqueur ». Le site est aujourd’hui enregistré sous le nom « Ano Nymous ». Le précédent enregistrement avait été fait au nom d’un cabinet d’avocats à son adresse d’exercice professionnel. L’avocat dirigeant le cabinet était bien membre du bureau de l’association et administrait le site pour son compte, a confirmé Me Ardakani. « L’objectif est de semer la confusion sur une supposée compromission d’associations à l’égard de la république islamique. « Le narratif de la «fausse opposition» est régulièrement utilisé par le régime pour discréditer les dissidents », ajoute-t-elle, affirmant envisager une action judiciaire. L’association Iran Justice, composée de juristes et de militants des droits humains, a été créée par Chirinne Ardakani en octobre 2022, après le début du mouvement « Femmes, Vie, Liberté », déclenché par la mort en détention de la jeune Iranienne Mahsa Amini. Ses membres étaient présents dans plusieurs rassemblements organisés ces dernières semaines pour dénoncer la répression sanglante des manifestations en Iran ces dernières semaines.


































