Eclats de voix, coups de tension, soupçons de parjure… La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public, qui se terminait mercredi, a été émaillée d’incidents depuis son démarrage le 25 novembre.
– Niel et le cirque : Vous avez «transformé votre commission en cirque: merci pour votre invitation, mais je ne suis pas un clown»: cette apostrophe du milliardaire Xavier Niel au rapporteur Charles Alloncle (UDR, parti allié du RN) lance le 2 avril l’audition la plus électrique en 4 mois. Entendus ensemble, M. Niel et l’entrepreneur Matthieu Pigasse enchaînent les échanges virulents avec M. Alloncle, qu’ils accusent d’avoir menti au sujet du groupe Mediawan, dont ils sont cofondateurs.
– Nagui, la haine et les menaces : La veille, un vif échange oppose M. Alloncle à l’animateur-producteur Nagui. Ce dernier accuse le député de l’avoir «jeté en pâture» et d’avoir déclenché une «campagne de haine» en affirmant fin 2025 qu’il était «la personne (…) qui s’est le plus enrichie sur l’argent public». M. Alloncle rétorque qu’il a lui aussi été victime de «menaces de mort» à cause de la réponse alors publiée par Nagui sur les réseaux sociaux.
– «Triste spectacle» : «Mais Jérémie, franchement, qu’est-ce que tu fais, là?». Stupéfait, M. Alloncle abandonne le vouvoiement protocolaire pour interpeller le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), le 4 février. Ce dernier vient d’interrompre abruptement une audition et se lève pour partir, s’estimant mis en cause par des propos «absolument faux» de M. Alloncle sur ses liens supposés avec Mediawan. Le lendemain, M. Patrier-Leitus revient sur l’épisode pour déplorer que la commission donne «un triste spectacle». Il avait pourtant suspendu les travaux pendant un mois, entre fin décembre et fin janvier, pour retrouver un «cadre digne, sérieux et respectueux» après de premiers incidents.
– Dati, «Complément d’enquête» : Le 5 février, Rachida Dati, alors ministre de la Culture, met en cause le magazine de France 2 «Complément d’enquête», qui lui a consacré un numéro en 2025. «Ils ont proposé, via un tiers, auprès d’un membre de ma famille, de pouvoir le payer» en contrepartie d’informations, assure-t-elle. Entendus une semaine plus tard, les responsables de «Complément d’enquête» démentent catégoriquement. Face à ce litige, M. Patrier-Leitus évoque d’abord des soupçons de parjure. Finalement, il déclare lundi sur RTL que les documents transmis par les deux parties prouvent leur bonne foi.
– Barbouzes et propagande : Entendu le 18 décembre, le journaliste Patrick Cohen attaque les médias de la galaxie Bolloré pour leur traitement de la vidéo où il apparaissait avec son confrère Thomas Legrand et 2 responsables socialistes. C’est cette vidéo qui a nourri les accusations de partialité du service public en faveur de la gauche, puis poussé l’UDR à créer la commission. Le milliardaire conservateur Vincent Bolloré est finalement entendu le 24 mars. Motif officiel: il est actionnaire de la société de production Banijay. Devant les députés, il assimile à des «pertes» pures et simples le financement de l’audiovisuel public par l’Etat (4 milliards d’euros par an).
– Clash entre députés : Au fil des semaines, plusieurs incidents éclatent entre les 2 responsables de la commission et d’autres députés. Le 18 décembre, M. Patrier-Leitus condamne des propos tenus la veille par Ersilia Soudais (LFI), qui juge «raciste» l’humour de la chroniqueuse de France Inter Sophia Aram. Le 26 février, M. Alloncle a maille à partir avec Erwan Balanant (MoDem). Le rapporteur lui reproche de lui avoir lancé «T’inquiète, on va te régler». Sur le réseau social X, M. Balanant affirme avoir voulu répondre à un geste de M. Alloncle qu’il a jugé «obscène». Il assure avoir voulu dire qu’il ferait des propositions en vue du rapport final, et présente ses excuses.




































