Qu’ils soient simples soldats ou généraux, médecins ou journalistes, ils sont des milliers à revenir brisés des zones de conflits: le journaliste Jean-Paul Mari les filme au plus près dans un documentaire émouvant «Sans blessures apparentes» diffusé par France 2 le 24 juin à 22h00. Jean-Paul Mari est grand reporter et couvre depuis 30 ans les guerres du monde. «Très vite, j’ai remarqué ces hommes et ces femmes que la guerre a rendus fous, soldats, reporters, humanitaires, terrorisés par leurs cauchemars (…) Partout ces hommes reviennent brisés, depuis ce jour où ils ont vu la mort en face. Ce mal étrange est aussi répandu que tabou», note le journaliste. Tous souffrent de névrose traumatique. Comme Michaël Delhaye, «un homme hanté depuis plus de 15 ans», ancien parachutiste au Rwanda pendant le génocide et dont la vie bascule quand il croise le regard d’un homme décapité. Comme le général Roméo Dallaire, héros national au Canada et ancien chef des troupes de l’ONU au Rwanda qui évoque ses tentatives de suicide. Comme le médecin Carole Dromer qui aujourd’hui écrit pour réapprendre à vivre, «j’ai l’impression d’avoir vomi quelque chose», confie-t-elle. Sorj Chalandon, ancien grand reporter à «Libération», a lui aussi changé de vie. En 1983, il se trouve dans le camp de Badawi au Liban: à hauteur de ses yeux, des têtes et des petits pieds d’enfants, empilés tête-bêche dans un camion. Il demeure habité par cette image. «Tout ce que je fais aujourd’hui, c’est pour m’éloigner de ce camion (…) je crois que je pue la mort, en fait», dit-il. Ce documentaire a remporté le grand prix et le prix du public au Festival international du grand reportage d’actualité 2010. Jean-Paul Mari a également publié aux éditions Robert Laffont «Sans blessures apparentes» qui a obtenu le grand prix document des lectrices «Elle» 2009.



































