C. KEYSER (The Last Tycoon) : «Le binge watching impacte la création des séries»

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Chris KEYSER, Producteur & Scénariste de «The Last Tycoon»

Interrogé dans le cadre du Festival de Télévision de Monte-Carlo, Chris KEYSER, Producteur & Scénariste pour des séries telles que «The Last Tycoon» surAmazon ou encore «Tyrant» sur FX, revient sur les enjeux actuels de la production audiovisuelle aux Etats-Unis. Entretien.

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A compter du 28 juillet, Amazon mettra en ligne «The Last Tycoon», votre dernière production. Quelle en est la genèse ?

Chris KEYSER

Inspiré du dernier roman inachevé de F. Scott Fitzgerald, dont le titre français est «Le Dernier Nabab», «The Last Tycoon» met en lumière les passions, la violence et l’ambition exceptionnelle du Hollywood des années 1930. Dans un monde assombri par la Grande Dépression, où plane l’influence grandissante de l’Allemagne d’Hitler, le «golden boy» Monroe Stahr (Matt Bomer) se retrouve pris dans des jeux de pouvoir avec son patron et mentor Pat Brady (Kelsey Grammer) pour préserver l’âme de leur studio. Cette série, je la coproduis avec un associé Billy Ray. Nous avons présenté le projet à 60 chaînes différentes, puis nous avons commencé à le développer pour HBO pendant 1 an. Au final, la network a décidé de laisser tomber pour travailler pour une autre série dans le domaine de la musique. Le développement a encore pris 1 an,  notamment d’un point de vue scénaristique puisque Amazon nous a fait confiance.

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Disposiez-vous d’un budget plus important sur Amazon ?

Chris KEYSER

Oui, c’est le cas. Je ne peux pas spécifiquement entrer dans les détails, mais il s’agit de plusieurs millions de dollars par épisode. Amazon a investi l’argent nécessaire pour recréer l’environnement des années 1930. Nous avions un designer de production fantastique qui a notamment reçu des récompenses, un costumier qui a fait «Mad Men». Amazon a des ressources pour faire en sorte que la série reflète l’engagement de notre création. D’ailleurs, nombreux sont les territoires dans lesquels la série va être distribuée. Amazon a d’ailleurs pris le temps de tester le pilote en le mettant en ligne aux Etats-Unis. Les processus de distribution, d’écriture et de montage ne sont pas si différents de ce que nous ferions pour une autre chaîne.

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Le «binge watching» impacte-t-il votre manière d’écrire ?

Chris KEYSER

La manière dont nous créons nos scénarios est affectée par la façon dont le public va nous regarder. Le fait que tous les épisodes d’une série sont disponibles simultanément modifie notre approche narrative. On se rapproche de l’écriture d’un roman. Ainsi, l’épisode n’est que le chapitre d’un livre.

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Les plateformes de SVOD concurrencent-elles réellement les acteurs traditionnels ? 

Chris KEYSER

En tant que scénaristes, ce sont de nouveaux partenaires. Nous sommes ravis qu’il y ait bien plus d’endroits où nous pouvons vendre nos scénarios. Amazon, Netflix, Apple, Hulu sont des bonnes nouvelles pour le public.

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Les séries sont de plus en plus nombreuses, mais avec de moins en moins d’épisodes. Cela impacte-t-il le business des scénaristes aux Etats-Unis ?

Chris KEYSER

Dans le contexte actuel, les saisons d’une vingtaine d’épisodes ou plus sur les grands networks hertziens se font rares. Nous sommes sur des commandes de 8, 10 ou 12 épisodes par série. Une tendance qui n’arrange pas franchement les scénaristes, payés par épisode.