« Dites-lui que je l’aime » : Romane Bohringer revient sur le destin de ces mères dans l’impossibilité de tenir ce rôle

« Dites-lui que je l’aime » : Romane Bohringer revient sur le destin de ces mères dans l’impossibilité de tenir ce rôle

Leurs histoires se reflètent comme dans un miroir: dans « Dites-lui que je l’aime », adaptation au cinéma du livre de Clémentine Autain sur sa mère, Romane Bohringer, abandonnée par la sienne à l’âge de neuf mois, revient sur le destin de ces femmes dans l’impossibilité de tenir ce rôle. « Dès les premières phrases du livre, «je t’avais rangée, je m’étais arrangée», c’est comme si j’avais reconnu ma personnalité et ce que j’avais fait de ma propre histoire », se remémore Romane Bohringer, dont le film sort mercredi prochain. En 2019, la femme politique Clémentine Autain publie un livre sur sa mère, Dominique Laffin, actrice en vogue du cinéma indépendant des années 1970 et 1980, morte subitement à 33 ans. Elle y relate une enfance malheureuse, marquée par les difficultés de sa mère à s’occuper d’elle en raison de son alcoolisme et de sa dépression. Elle réhabilite aussi cette mère, qu’elle a occultée pendant de nombreuses années afin de construire sa vie de femme. « Quand j’ai refermé le livre, c’était immédiat, j’ai appelé mes producteurs et j’ai dit: «Je sais le film que je vais faire» », se remémore Romane Bohringer. Elle aussi a souffert d’une mère ne parvenant pas à la protéger. Marguerite Boury, née à Saïgon d’un père corse et d’une mère vietnamienne, abandonnée à la naissance, a laissé Richard Bohringer seul avec leur fille Romane lorsqu’elle avait neuf mois. Elle avait inspiré de nombreux artistes, évoluant dans les cercles underground des années 1970 mais était aussi accroc à l’héroïne. Elle est décédée à 36 ans, au bout d’une vie tumultueuse. « J’avais la conviction que Romane ferait un objet très original sur la forme et qui mêlerait mon histoire à son histoire », raconte Clémentine Autain, qui lui a cédé les droits sans hésiter malgré d’autres sollicitations. La députée de gauche était aussi convaincue que seule Romane Bohringer serait en mesure de restituer avec justesse la trajectoire de Dominique Laffin « qui n’était pas seulement une mère, mais aussi une femme avec ses difficultés, ses impossibilités ». Après avoir un temps envisagé une adaptation littérale du texte, Romane Bohringer a opté pour une oeuvre d’autofiction, « comme si le livre constituait un guide pour m’aider à m’emparer de ma propre histoire ». La première partie du film est consacrée à l’histoire de la députée de Seine-Saint-Denis, qui lit des passages de son texte, et dont des morceaux d’enfance sont reconstitués par des actrices. Romane Bohringer part ensuite sur les traces de sa propre mère et mène une enquête sur cette femme qu’elle a choisi d’oublier pour ne plus souffrir. Elle va rencontrer toute une galerie de personnages liés de manière plus ou moins lointaine à sa mère, comme ces jumeaux, un frère et une soeur biologiques, abandonnés par Marguerite Boury à 18 ans juste après l’accouchement, ou des religieuses qui l’ont élevée dans une pension. « Ce sont des gens qui pour moi sont l’âme du film », s’émerveille Romane Bohringer qui a mis en place un dispositif très léger pour les filmer avec un script minimal afin de capter « leur humanité, leur vérité ». Richard Bohringer apparaît également, en homme âgé dont les souvenirs de cet amour sont parfois douloureux à évoquer. Après « L’amour flou » qui évoquait sa séparation avec l’acteur Philippe Rebbot et leur emménagement dans un appartement partagé avec leurs enfants, Romane Bohringer a donc consacré son deuxième long-métrage à un autre aspect de sa vie intime. « Les sujets se sont imposés avec une telle force (…), malgré mon immense timidité, mon caractère pudique. C’est vraiment étonnant d’avoir fait deux films aussi dénudant », raconte la réalisatrice. « Mais j’ai pris énormément de plaisir à filmer Eva Yelmani (qui incarne Dominique Laffin dans les scènes de reconstitution) et la petite enfant (qui joue Clémentine Autain) comme vraiment des scènes de cinéma », poursuit-elle. « J’ose à croire que c’est en train de me mener vers le chemin de la fiction ».

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