Quatre mois après l’annonce par Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité sur France Télévisions, les salariés de la régie publicitaire du groupe, «à cran», sont dans l’incertitude à propos de leur avenir mais essaient de résister à la déprime. A l’entrée des locaux modernes de France Télévisions publicité (FTP), à Boulogne-Billancourt, des messages de soutien sont affichés sur un grand panneau. Ils ont été envoyés par des collègues de France Télévisions ou des téléspectateurs, après «les événements», «l’annonce» comme on dit à la régie pour parler de la conférence de presse du 8 janvier au cours de laquelle le président a annoncé la suppression de la publicité sur la télévision publique. Les 317 salariés de la régie –dont 220 au siège– se souviennent d’»un vrai choc», d’»un coup de massue». «Plusieurs d’entre nous avaient les yeux rouges», se souvient le syndicaliste Pierre Gauthier (FO). «Sur le moment, on s’est dit que le 31 décembre, on n’aurait plus d’emploi», ajoute Bruno Belliat, directeur de la communication et des études de FTP. En avril, la commission sur la nouvelle télévision publique présidée par Jean-François Copé a finalement recommandé une suppression progressive de la publicité entre 2009 et 2011. Pour M. Belliat, c’est «un sursis» de trois ans. «Mais on ne sait rien des modalités de cette suppression, c’est l’incertitude pour tout le monde, y compris la direction», déplore-t-il. La publicité va-t-elle d’abord disparaître sur une seule chaîne ou en soirée seulement ? A partir de quand ? Le parrainage, qui permet par exemple de financer la météo, va-t-il être maintenu ? Autant de questions récurrentes dans les bureaux de FTP. Sur les quatre premiers mois de 2008 déjà, les recettes de la publicité –788 millions d’euros en 2007– auraient baissé de 15 à 20%. «A partir de mai, on commence à travailler sur l’année suivante. Qu’est-ce qu’on va dire aux annonceurs pour 2009 ? On ne sait même pas s’il y aura six ou douze mois de publicité», s’inquiète Pierre Gauthier. «Est-ce qu’il va falloir licencier ? Quand ? Combien de personnes ?», ajoute-t-il. Des régies de chaînes concurrentes auraient déjà fait part de leur intérêt pour la main d’oeuvre jeune et formée de FTP. Deux commerciaux de 25 et 28 ans disent avoir reçu de telles propositions d’emploi. «Ils viennent autour du cadavre prendre ce qui reste, au niveau commercial et humain», lance Clément Bascoulergue. «Au quotidien, c’est difficile, cette ambiance. On se pose des questions. On met à jour nos CV. On ne veut pas être celui qui éteindra la lumière», ajoute son collègue, François Vilallon, tout en soulignant son attachement à cette «belle entreprise». Afin de retenir les salariés, un plan de conservation des effectifs a été mis en place, avec prime pour ceux qui resteront jusqu’à la fin de l’année. Face à l’angoisse des salariés, des rencontres sont organisées entre la direction et les salariés, s’achevant parfois par un buffet convivial, et un consultant en ressources humaines propose des entretiens de soutien. La direction de France Télévisions a proposé un plan de reclassement des salariés au sein du groupe, mais cela n’empêche pas ces derniers de se sentir délaissés. «Le soutien de Patrick de Carolis (P.-D.G. de France Télévisions) à la suppression de la publicité puis à la commission Copé a fait beaucoup d’effet ici», déplore Bruno Belliat.




































