La Russie envoie une équipe dans l’espace pour tourner le 1er long-métrage en orbite de l’histoire

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La Russie envoie mardi une actrice et un réalisateur dans l’espace pour y tourner le premier long-métrage en orbite de l’histoire et marquer des points symboliques face aux concurrents américains après des années de déconvenues. Accompagnés d’un cosmonaute chevronné, l’actrice Ioulia Peressild, 37 ans, et le réalisateur Klim Chipenko, 38 ans, doivent s’envoler pour la Station spatiale internationale (ISS) à bord d’une fusée Soyouz à 08h55 GMT depuis le cosmodrome russe de Baïkonour, au Kazakhstan. L’enjeu est de devancer le projet de film dans l’espace de Tom Cruise, dont le calendrier n’est lui pas connu. L’équipe russe aura 12 jours pour tourner les séquences spatiales d’un film provisoirement intitulé «Le Défi», une oeuvre dont le budget est gardé secret et qui mettra en scène une médecin ayant pour mission de sauver un cosmonaute. Lors d’une conférence de presse lundi, le réalisateur et l’actrice sont apparus détendus. Ce premier long-métrage de fiction dans l’espace aura valeur d’«expérience», a estimé M. Chipenko, qui maniera la caméra, le maquillage et l’éclairage dans l’espace exigu du segment russe de l’ISS. «Je n’ai personne à qui demander des conseils. Je n’ai aucun cadreur à qui demander comment filmer à la lumière du hublot», a-t-il relevé. Au-delà de cette première artistique, ce voyage doit permettre à Moscou de marquer un point face au rival américain, dans un contexte de tensions croissantes. Pour l’agence spatiale russe Roscosmos, le film doit redorer un blason terni par les scandales de corruption, les pannes en série et la perte du lucratif monopole des vols habités vers l’ISS avec l’entrée en lice de la société Space X d’Elon Musk. Pour Roscosmos, il s’agit donc de «triompher de la Nasa et de Space X» et «détourner l’attention de (ses) problèmes», a estimé le politologue Konstantin Kalatchev. L’agence russe avait brusquement révélé son projet cinématographique l’an dernier, après l’annonce d’un projet de tournage à bord de l’ISS avec Tom Cruise, la star de la saga «Mission Impossible». Si les images ont toujours accompagné les missions dans l’espace, des premiers pas sur la Lune en 1969 aux publications sur les réseaux sociaux du spationaute français Thomas Pesquet, jamais un long-métrage de fiction n’a été tourné en orbite. Les deux primo-voyageurs de l’espace, deux figures du cinéma russe, ont suivi un entraînement accéléré pour apprendre à supporter la violente accélération du décollage ou à se mouvoir en apesanteur. Signe de l’importance de ce projet pour Moscou, les producteurs du film sont des poids lourds : Dmitri Rogozine, directeur de Roscosmos et ancien vice-Premier ministre, et Konstantin Ernst, patron de la chaîne télévisée Pervyi Kanal. Ce dernier a notamment mis en scène certains des plus grands moments du règne de Vladimir Poutine : défilés militaires, investitures présidentielles, cérémonies des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. En avril, lors du 60e anniversaire du premier vol habité dans l’espace de Iouri Gagarine, victoire symbolique de l’Union soviétique sur les Etats-Unis en pleine Guerre froide, M. Poutine avait proclamé que la Russie devait rester une grande puissance spatiale. Le pays entend donc se mêler à la course au tourisme spatial, qui a connu une accélération ces derniers mois avec les vols des milliardaires américain Jeff Bezos et britannique Richard Branson. Elle doit ainsi propulser en décembre un milliardaire japonais dans l’espace. Parmi les autres ambitions de Roscosmos figurent une station spatiale strictement russe et une station russo-chinoise en orbite voire même sur la Lune, Moscou ayant décidé de claquer la porte d’un projet lunaire de Washington jugé trop américano-centré. Mais aucun de ces projets n’a de budget ni de calendrier précis.