«The Apollo», documentaire à la gloire du théâtre légendaire de New York

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Il a été un tremplin pour les carrières d’icônes comme Billie Holiday, James Brown ou Lauryn Hill et est toujours un haut-lieu de la culture noire: le légendaire théâtre Apollo de New York a désormais maintenant aussi un documentaire à sa gloire, «The Apollo». Le film, projeté en avant-première mercredi soir au festival de cinéma de Tribeca, détaille la transformation de ce lieu iconique de Harlem, de club burlesque au début de la Première Guerre mondiale en tremplin de célébrités dans les années 30 – et le rôle de sanctuaire qu’il a joué pour les artistes noirs à l’avant-garde de la lutte contre les discriminations raciales. Aujourd’hui encore, l’Apollo est synonyme d’opportunités, de diversité et de fierté, a souligné l’acteur Robert de Niro, co-fondateur du festival, juste avant la première organisée à l’Apollo. «En ces temps troublants, où le gouvernement attise les divisions et le racisme, nous affirmons notre rejet de tout cela en étant ici ce soir», a indiqué le célèbre acteur new-yorkais, connu pour son opposition farouche à Donald Trump. «L’Apollo, c’est New York», a ajouté sur le tapis rouge Robert de Niro, qui lança le festival Tribeca en 2002 pour aider New York à se relever après les attentats du 11 septembre 2001. Le film, qui sortira cet automne sur HBO, retrace l’histoire de cette institution symbole d’innovation artistique, surtout au sein de la communauté noire. Parmi ceux qui ont forgé ce symbole: James Brown, parrain de la soul et habitué de l’Apollo, où il enregistra l’un des albums «lives» les plus vénérés de l’histoire de la musique. Avec en 1968 un titre emblématique d’une période charnière de la lutte pour les droits civiques: «Say It Loud, I’m Black and I’m Proud» («Dîtes-le bien fort, je suis noir et j’en suis fier»). «L’Apollo est une tradition, un monument», a indiqué le célèbre chanteur et producteur de soul Smokey Robinson, 79 ans, juste avant la projection. «C’est un endroit qu’il faut préserver à jamais (…) C’est un des piliers et une partie substantielle de l’histoire de la musique noire». Témoin des carrières qu’il a propulsées: un passage du film montre la jeune Elia Fitzgerald, oubliant les paroles de sa chanson avant d’improviser fameusement, dans le cadre des «soirées amateurs» de l’»Apollo» lancées en 1934. Elle devait être sacrée peu après «Reine du Jazz». Un autre passage montre l’une des grandes figures féminines du hip-hop, Lauryn Hill, alors encore adolescente, tenir bon face aux sifflets – le public de l’Apollo est réputé coriace. Ce théâtre est également connu pour être un emblème de Harlem, quartier du nord de Manhattan à l’épicentre de la bataille pour les droits civiques et des émeutes contre la répression des noirs. «C’est l’histoire de la lutte et de la culture des noirs américains», a souligné le réalisateur Roger Ross Williams, arborant un costume du styliste de Harlem Dapper Dan. «Nous utilisons la musique pour sortir de l’oppression», a-t-il indiqué». C’est ici que tout est arrivé». La légende qui entoure l’Apollo a inspiré l’un des invités les plus célèbres de l’histoire récente de cette salle, Barack Obama. En visite en 2012, le 1er président noir des Etats-Unis avait poussé la chansonnette en entonnant «I’m…so in love with you», en hommage au classique «Let’s Stay Together», d’Al Green. Au-delà de la légende, le documentaire pose aussi la question de l’avenir du théâtre et de sa capacité à rester au coeur de la création artistique. Après un passage difficile et une quasi-faillite dans les années 70 – avant son inscription au patrimoine officiel de la ville et de l’Etat de New York en 1983 – l’Apollo est désormais géré par une fondation appartenant à l’Etat de New York. L’an dernier, la scène de l’Apollo a accueilli une adaptation d’une oeuvre de l’écrivain Ta-Nehisi Coates, «Between the World and Me» (2015), sur ce que cela signifie d’être noir aux Etats-Unis.