Médias locaux en danger : RSF tire la sonnette d’alarme

Médias locaux en danger : RSF tire la sonnette d’alarme

Confrontés à des difficultés financières, à des pressions accrues et à la concurrence de faux sites qui désinforment, les médias locaux sont «fragilisés», alerte l’ONG Reporters sans frontières (RSF) dans un rapport publié mercredi, avant les élections municipales. «La réduction de l’information locale a pour conséquence la remise en cause de la capacité de chacun à pouvoir se forger une opinion pour s’insérer sereinement dans le débat démocratique», plaide Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, en ouverture du rapport. Dans un contexte économique difficile, où les ventes chutent et où la concentration des médias aux mains de quelques groupes augmente, le rapport pointe des «fermetures en cascade» ces dix dernières années. Il cite les exemples du mensuel satirique vendéen Le Sans-Culotte 85, qui a disparu en 2024, ou de la chaîne de télévision Wéo, qui a cessé d’émettre dans les Hauts-de-France en janvier. Elle représentait «30% de l’audience des télévisions locales en France», selon RSF. «Notre ressource publicitaire a été capturée, et avec talent, par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft)», explique le fondateur de Wéo, Jean-Michel Lobry, cité dans le rapport. Autre fait marquant: l’»augmentation des agressions» et des pressions. «Une cinquantaine d’ostréiculteurs ont incendié, en janvier 2026, le portail du siège du quotidien régional Midi Libre», qui avait «rappelé l’interdiction sanitaire de consommer des huîtres du bassin de Thau», souligne RSF entre autres exemples. L’ONG pointe également des «prises de position publiques hostiles aux journalistes de la part des politiques», des «interdictions d’accès» à des événements, par des élus ou les forces de l’ordre, ou encore l’«explosion des procédures-bâillons» en justice. La concurrence de faux sites est un autre problème. «Sud-Ouest Direct, Actualités Provençales, Normandie Actuelle: sous ces appellations aux accents de presse locale se cachent en réalité des réseaux de désinformation sophistiqués», déplore RSF. Nourris par l’intelligence artificielle (IA), certains de ces sites reprennent «les narratifs» de la Russie, quand d’autres ont simplement un but commercial, celui de siphonner les revenus publicitaires. Pour «inverser la tendance», RSF prône «une action publique volontariste» et formule douze recommandations. Parmi elles, un ciblage des aides à la presse de l’Etat vers les médias locaux les plus fragiles, ou encore «une taxe sur les plateformes numériques pour la préservation du journalisme local».

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