Atos : les semaines sous haute tension s’enchaînent

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Les semaines sous haute tension s’enchaînent pour le géant informatique français Atos, qui dévoile jeudi ses résultats du premier trimestre et dont les créanciers ont jusqu’à vendredi pour formuler leurs propositions dans le cadre du plan de refinancement du groupe. Lourdement endetté, Atos a indiqué début avril être à la recherche de 1,2 milliard d’euros d’argent frais et vouloir diviser par deux sa dette, qui avoisine les 5 milliards d’euros, en la convertissant en action. L’ex-fleuron, qui est l’un des piliers technologiques des Jeux olympiques 2024 à Paris, a perdu 80% de sa valeur boursière en un an après avoir vu s’effondrer coup sur coup deux opérations de cession d’une partie de ses activités. Le groupe, qui entend conclure un accord de refinancement d’ici juillet 2024, a donné jusqu’à la fin de la semaine à ses créanciers pour fournir leurs propositions. Face à cette date butoir, les créanciers obligataires – qui possèdent environ 2,4 milliards d’euros de dette, l’autre partie de la dette étant détenue par les banques – ont organisé leur offensive. Les porteurs d’obligations à courte échéance, plutôt des fonds spéculatifs, et ceux à plus longue échéance, plutôt des acteurs institutionnels et des banques privées, ont ainsi décidé de s’allier pour avoir plus de poids dans les négociations, selon une source proche du dossier. Il existe une égalité juridique entre les différents créanciers d’Atos, grâce à une clause baptisée «pari passu», qui rend possible un alignement d’intérêts entre les prêteurs obligataires. «Tout le monde devra faire les mêmes efforts et cela concerne également les banques», précise cette source. Ce front obligataire serait prêt à apporter 600 millions d’euros d’argent frais et convertir la moitié de sa dette en actions, soit 1,2 milliard d’euros, si les banques font de même. Mais il n’est pas acquis que ce schéma plaise aux banques. Si ce scénario s’applique, il se rapprocherait du modèle de restructuration du loueur de voitures français Europcar, où les prêteurs sont devenus actionnaires, avant un rachat par le groupe allemand Volkswagen, selon un expert du secteur. Mais dans le cas d’Atos, l’Etat veille au grain pour garantir la souveraineté de certaines activités stratégiques du groupe, qui détient notamment des supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire et des contrats avec l’armée française. Le ministère de l’Economie s’est engagé à prêter 50 millions d’euros à l’entreprise pour l’aider à stabiliser sa situation financière en échange d’une «action de préférence» qui lui permet de mettre son veto à certaines opérations au niveau de Bull, filiale d’Atos qui construit ses supercalculateurs. Bercy envisagerait même de prendre une participation minoritaire dans la division BDS du groupe, qui chapeaute ces activités sensibles, selon BFM Business. L’Etat étudie aussi un adossement à un industriel français comme Dassault Aviation ou Thales, d’après la chaîne. Thales et Dassault Aviation ont aussi nié à plusieurs reprises ces derniers mois tout intérêt pour BDS. Le président d’Atos, Jean-Pierre Mustier, s’était lui voulu rassurant lors d’une audition au Sénat mi-avril. «Nous nous engageons à ce que les activités dites sensibles soient bien protégées quelle que soit la solution apportée par le repreneur», avait-il déclaré. En plus des 50 millions de l’Etat, Atos peut compter sur un accord de principe entre un groupe de banques et de créanciers obligataires sur un financement intermédiaire de 400 millions d’euros visant à donner de l’air au groupe avant la conclusion de l’accord final. Atos a affiché une perte nette de 3,4 milliards d’euros en 2023. Le nouveau plan d’affaires, présenté aux investisseurs, table sur une «reprise des activités commerciales à partir de fin 2024» avec l’hypothèse d’un c.a. d’environ 9,9 milliards d’euros en 2024 puis de 11,4 milliards d’euros en 2027. Les résultats du 1er trimestre, qui doivent être publiés jeudi, laisseront voir si le groupe est sur la bonne trajectoire pour atteindre ses objectifs.