Cybersécurité : les acteurs européens gagnent du terrain face aux géants étrangers

Cybersécurité : les acteurs européens gagnent du terrain face aux géants étrangers

Des solutions développées en Europe, des données stockées sur le continent : les entreprises françaises ou européennes de la cybersécurité bénéficient d’un regain d’intérêt face aux géants américains et israéliens, mais des freins persistent dans leur expansion. Au Forum InCyber, salon annuel consacré à la cybersécurité, qui s’est ouvert à Lille mardi, les discussions se concentrent largement sur la question du poids prépondérant des technologies étrangères de cybersécurité et de cloud. «On sent un début de frémissement», témoigne Jean-François Aliotti, co-fondateur de l’entreprise française Almond. Spécialisée dans le conseil en cybersécurité, la société a commencé «à avoir des premières missions pour décommissionner des services américains» chez certains de ses clients, poursuit le dirigeant. «Je pensais avoir vu un changement il y a trois ans, et en fait il est en train de se produire maintenant», assure M. Aliotti. La souveraineté numérique, thème de débat récurrent depuis plusieurs années au sein de la tech européenne, a pris une nouvelle forme dans un «contexte de diplomatie transactionnelle», instauré par Donald Trump, explique Guillaume Tissier, directeur du Forum InCyber, consacré cette année aux «dépendances numériques». Face à un risque nouveau de voir l’accès aux technologies étrangères coupé, les prises de conscience se multiplient dans le secteur de la cybersécurité. Et de nombreux acteurs espèrent en bénéficier. Lancée en 2023, la start-up française Qevlar AI, qui commercialise depuis l’an dernier sa plateforme d’IA pour la cybersécurité, est l’un des récents succès du marché. Passée de 17 à 60 salariés en un an, l’entreprise a récolté 45 millions d’euros en levées de fonds, et a vu sa technologie intégrer le portefeuille de plusieurs entreprises de services. C’est le cas de Sopra Steria, qui a récemment annoncé l’intégration de Qevlar parmi les solutions de cybersécurité distribuées chez ses clients, dans une démarche de diversification en faveur de «solutions technologiques développées et hébergées sur le territoire européen». Mais cet élan européen ne fait pas tout, explique Ahmed Achchak, dirigeant de Qevlar AI. «C’est plutôt la cerise sur le gâteau. On n’a jamais eu qui que ce soit qui soit venu nous voir pour nous dire, «vous êtes européens, donc je veux vos technologies»», indique-t-il. En parallèle, le fait d’être une entreprise française «ça rend le fait de convaincre des clients internationaux plus difficile aussi», poursuit le dirigeant, qui assure vouloir développer la croissance de l’entreprise aux États-Unis. Dominique Tessier, en charge du secteur de la cybersécurité au sein de l’association European Champions Alliance, voit d’un bon oeil l’évolution d’un marché européen «dynamique». «Tous les domaines de la cybermenace sont couverts par ces éditeurs européens, il n’y a pas de trou dans la raquette», commente-t-il au sujet d’une étude annuelle sur l’état du secteur publiée par l’association. «L’élément moins positif, c’est la fragmentation du marché», poursuit-il. Il «est constitué de solutions souvent portées par des structures de petite taille», renchérit Gérôme Billois, spécialiste cybersécurité du cabinet Wavestone. Avec des fonds d’investissements aux capacités plus réduites que celles des fonds étrangers, les entreprises peinent aussi souvent à atteindre la taille critique qui leur permettrait de s’imposer. «La solution, c’est de s’allier», plaide Gérôme Billois. Une approche choisie par le français HarfangLab, spécialisé dans la détection et la réponse aux incidents cyber, qui s’est allié à l’entreprise autrichienne d’antivirus Ikarus, pour proposer une offre européenne commune. Grâce à ça, «le client n’a pas besoin de venir voir deux fournisseurs différents», appuie Anouck Teiller, DG adjointe de HarfangLab, qui défend «une approche partenariale» pour s’étendre en Europe.

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