Le roman noir ne s’est jamais aussi bien porté et surtout, sorti de son ghetto, il n’a plus mauvais genre: un livre acheté sur quatre par les Français est un polar et les ventes progressent régulièrement. Autopsie d’une passion dévorante. «Le roman policier, c’est le reflet de la société. Il permet de disséquer le monde, depuis les hautes sphères de la finance jusqu’aux bas-fonds», souligne François Guérif, directeur de la collection Rivages Noir Payot. «Tous les grands sujets peuvent être traités par le biais du polar, c’est ce qui fait sa force et son succès», poursuit-il. Selon l’enquête du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des Français, effectuée tous les dix ans, «le policier est devenu le genre de livres lu le plus souvent». Un livre sur quatre acheté par les Français est un polar. Les «serial lecteurs», qui sont à 70% des lectrices, se recrutent dans toutes les couches sociales et le polar transcende les générations. Le roman noir est devenu un genre majeur de la littérature et le «noir» déteint sur le «blanc», c’est désormais officiel: Georges Simenon est entré dans la prestigieuse Pléiade, Dashiell Hammett, Chester Himes, Jean-Patrick Manchette sont publiés en Quarto chez Gallimard où ils côtoient sans complexe Marcel Proust, Hannah Arendt ou Emil Cioran.
Le magazine Lire consacre au polar un numéro spécial passionnant. Le roman noir est devenu un partenaire privilégié de la BD, les séries policières font un carton à la télévision et les films salles pleines. Sans compter les dictionnaires et revues spécialisées comme «Temps Noir» et une cinquantaine de festivals qui lui sont consacrés.



































