Les médias s’emparent du grand débat national

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Faut-il réindexer les retraites sur l’inflation ou moduler l’application des 80 km/h? De nombreux médias se sont emparés du grand débat national, en lançant leurs propres appels à contribution auprès du public. Un foisonnement d’idées qui complètera la consultation organisée par le gouvernement. Jean-Jacques Bourdin a dégainé le 1er: sans même attendre le lancement du débat officiel, le journaliste de RMC a annoncé le 7 janvier sur la radio l’opération «Vos 30 propositions de lois citoyennes».Objectif : faire émerger d’ici la mi-février 50 à 100 contributions, qui seront soumises à un vote en ligne. Jean-Jacques Bourdin remettra en mars les 30 propositions finales au président Macron, si possible en personne. Une opération qui a aussitôt rencontré «un engouement d’une ampleur qu’on avait jamais observée», avec plus de 20.000 contributions récoltées en 15 jours, selon Philippe Antoine, directeur de la rédaction de RMC. «On n’est vraiment pas dans un défouloir mais dans quelque chose de proactif et positif», souligne-t-il. Sur les 5.000 propositions qui ont déjà été analysées, réduire les avantages et privilèges du président et des ministres arrive en tête, devant la réindexation des retraites, le référendum d’initiative citoyenne, la réduction du nombre de parlementaires, et la réforme de l’impôt sur le revenu. De son côté, la chaîne d’info LCI, qui avait créé l’événement en décembre en organisant le 1er débat en plateau entre «gilets jaunes» et ministres, récidive ce mercredi avec une soirée animée par David Pujadas, qui fera dialoguer 8 citoyens et autant d’élus ou ministres. Elle a également lancé une collecte de propositions via la plateforme participative Make.org, et Roselyne Bachelot, ex-ministre qui a rejoint LCI en 2017, a dédié cette semaine à cette opération son émission, rebaptisée pour l’occasion «L’heure du grand débat». S’il est trop tôt pour en tirer des conclusions, l’animatrice relève «un changement total dans la couleur des interventions», avec «des propositions très concrètes et nuancées», plutôt que les critiques négatives et «l’aigreur» qui se sont souvent exprimées ces derniers mois. «Les Français ont envie de débattre, et de façon positive. On n’est pas dans un bureau des pleurs, mais un bureau des propositions», dit-elle. Même si certaines des idées avancées sont déjà appliquées, notamment en ce qui concerne le train de vie des élus, d’où l’intérêt de pouvoir en débattre avec des intervenants de tous horizons. Sur France 2, «L’Emission politique» a également décidé de «casser son ordonnancement habituel et son décor», explique Yannick Letranchant, directeur de l’information de France Télévisions. Ses animateurs Léa Salamé et Thomas Sotto présenteront jeudi soir «Quand la France se parle», un numéro spécial qui réunira une vingtaine d’intervenants dont des «gilets jaunes», confrontés à deux membres du gouvernement (Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer), des représentants de l’opposition, élus locaux, syndicalistes, chefs d’entreprise etc. Une soirée qui sera précédée de toute une journée dédiée au grand débat sur la chaîne franceinfo. «L’idée c’est de faire un débat dépassionné, pour y voir plus clair», explique Yannick Letranchant. C8 diffusera quant à elle vendredi à 22h30 «La parole aux Français», une émission coanimée par Cyril Hanouna et Marlène Schiappa. Un attelage inédit, qui a valu à la secrétaire d’Etat de vives critiques, mais qu’elle a défendu comme un moyen de «ramener des gens vers le débat public». Les initiatives se multiplient également dans la presse écrite. «Le Parisien» a ainsi lancé un «labo des propositions» sur son site. Le quotidien «L’Opinion» veut quant à lui «servir de porte-voix» aux «entrepreneurs et libéraux», tandis que le quotidien «Nice-Matin» s’est associé (comme LCI) à Make.org pour consulter ses lecteurs et publie des doléances chaque jour dans le journal. Enfin le quotidien «La Croix» prévoit lui d’organiser un débat en public, à la mi-février, dont les conclusions seront également remises à l’Elysée.