RFI : la direction affronte une motion de défiance, fustigeant sa gestion d’un conflit interne

358

La direction de RFI affronte le vote mardi d’une motion de défiance fustigeant sa gestion d’un conflit interne, dernier exemple selon le texte de «dérives déontologiques» successives, qui plombent aussi des journalistes du réseau en butte à la précarisation. «Notre rédaction a été profondément indignée à la fin de l’année 2021 quand l’enquête «Congo Hold-up», dont nous sommes partenaires, a été gravement remise en cause dans une interview associée à l’image de RFI», souligne le texte de la motion, soumise au vote d’environ 500 journalistes mardi. En cause: la diffusion fin novembre d’un entretien mené par le journaliste vedette de la radio, Alain Foka, avec Jules Alingete, chef des services de l’Inspection générale des finances de la République démocratique du Congo (RDC), sur sa chaîne YouTube personnelle. Au cours de cette interview, diffusée avec le logo de la chaîne France 24 et un micro siglé RFI, le haut-fonctionnaire congolais a qualifié l’enquête portée une journaliste de RFI, Sonia Rolley, d’«insinuations» visant à «brûler le Congo». Or la veille M. Alingete saluait sur RFI les conclusions de cette investigation, réalisée par un consortium international de médias internationaux et d’ONG, selon lesquels l’ancien président de la RDC Joseph Kabila et ses proches famille auraient «siphonné» au moins 138 millions de dollars de fonds publics avec la complicité d’une banque. «La direction aurait dû agir. Il n’en a rien été, ce qui a eu pour conséquence d’entraîner une campagne de dénigrement et d’insultes contre la collègue (…) et contre notre rédaction», dénoncent les auteurs de la motion de défiance. «Cette affaire est le dernier exemple des dérives déontologiques que les directions successives de Radio France Internationale ont permises ces dernières années, et sur lesquelles la SDJ (Société des journalistes) n’a eu de cesse d’alerter», estiment-ils. Face au tollé, la direction a amorcé des discussions avec les SDJ de RFI et France 24 pour améliorer l’application des réglementations internes existantes, et lancé l’élaboration d’un «document de référence» pour encadrer «les collaborations et activités extérieures» de ses journalistes. Elle a également indiqué dans un communiqué interne avoir «procédé, pour un même collaborateur, à une double sanction», sans divulguer son nom, ni la nature des sanctions. «Il n’y aurait pas eu cette motion s’ils avaient pris plus tôt la mesure du problème», estime Marie Normand, présidente de la SDJ. Un journaliste de RFI évoque pour sa part «un malaise assez profond dans la rédaction» avec un sentiment de «deux poids, deux mesures» en matière de déontologie. «Nous sommes des centaines à qui on peut faire confiance, et une infime minorité se comporte de façon dangereuse pour la réputation de la radio» menaçant l’intégrité de journalistes sur le terrain, renchérit une reporter. Pour Sabine Mellet, déléguée syndicale SNJ-CGT de France Médias Monde, «c’est parce qu’on manque de moyens que la direction cherche des partenariats, qui sont totalement antinomiques avec notre métier», en particulier «avec des chaînes de télé ou des radios en Afrique qui sont soit de l’opposition, soit du gouvernement». A l’étranger, les journalistes travaillant pour RFI, reliés par un réseau de discussion interne nommé Spartacus, ont été «vraiment choqués» par cette affaire, rapporte une pigiste. «Voir une collègue chevronnée pointée du doigt et lâchée par la direction, on se demande pour qui on bosse», explique la journaliste. «C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase», affirme une autre, évoquant des conditions de travail en forme de «longue descente aux enfers» pour les pigistes français de RFI, qui se sont vus supprimer début 2019 les cotisations sociales de leurs rémunérations, y compris sur les zones de conflits ou de pandémie type Ebola.