Spotify règne en maître contesté sur le streaming musical

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Spotify règne en maître contesté sur le streaming musical. Face A: instrument de «démocratisation» de la musique apte à «améliorer le monde». Face B: diffuseur rapace qui rétribue mal les vrais créateurs, artistes et majors. «Je crois vraiment que nous pouvons améliorer le monde, chanson après chanson», s’est modestement aventuré son PDG Daniel Ek dans les documents d’introduction en Bourse remis mercredi au gendarme financier américain (SEC).
De Madonna à Daft Punk, des chansons, Spotify en a diffusé des millions depuis sa création en 2006 à Rågsved, une banlieue sans charme de Stockholm, par Daniel Ek et Martin Lorentzon. Et avec 71 millions d’abonnés payants, la plateforme qui a révolutionné l’écoute de la musique jouit d’une confortable avance sur ses concurrents, Apple Music, numéro deux du secteur, Google Music, Tidal, Deezer ou Napster. Et pourtant Spotify n’a jamais été bénéficiaire.En s’invitant à Wall Street, la jeune pousse devenue le numéro un mondial du streaming musical espère enfin convertir en espèces sonnantes et trébuchantes sa «success story» qui l’a fait entrer dans la légende hightech. En 2006, Ek et Lorentzon, que la bulle internet a couverts d’or, imaginent un service de distribution de musique légal face aux plateformes de téléchargement pirates qui pullulent alors. Après avoir ringardisé le vinyl, le CD entre dans son crépuscule alors que la musique mobile n’est encore que science-fiction: un an avant la commercialisation du premier iPhone, c’est l’âge d’or des fichiers «torrent» et du bas débit. Ek et Lorentzon rebaptisent en «Spotify» leur coentreprise «Goldcup D1650» et s’associent à Felix Hagnö, cofondateur avec Lorentzon de la société de marketing numérique Tradedoubler.Les trois hommes tâtonnent, partagent des fichiers mp3 qu’ils stockent sur leurs disques durs. Spotify est enfin lancé en octobre 2008. Daniel Ek explique avoir «vécu dans les avions pendant deux ans» pour convaincre les «majors» de lui ouvrir leur catalogue. Les maisons de disque exigent d’entrer au capital de Spotify. En 2009, elles en contrôlent près de 20%. Ek et Lorentzon misent une partie de leur fortune pour mettre en confiance les investisseurs. Pari gagnant sur tous les tableaux. Dès l’automne 2009, Spotify reçoit l’onction publique de Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook: «Spotify is so good», écrit-il sur le réseau. Cependant que les majors semblent s’adoucir à mesure que fondent leurs revenus traditionnels. En 2011, Spotify débarque en Amérique et s’allie avec Facebook: le service revendique son premier million d’utilisateurs payants, cinq millions l’année suivante. Pour visionnaires qu’ils soient, les créateurs de Spotify ne voient pas venir l’explosion du smartphone. Le suédois n’a pas développé d’App et quand celle-ci est enfin disponible il n’a pas négocié avec les propriétaires des systèmes d’exploitation. «On aurait pu mourir à l’époque», reconnaîtra Daniel Ek. Commence alors un autre combat pour Spotify: des artistes phares reprochent au service de «streaming» de leur reverser trop peu, en plus de cannibaliser les ventes d’albums. Pour ces raisons, Taylor Swift rompt son contrat en 2014. Elle reviendra en 2017. «Le piratage ne donne pas un centime aux artistes: rien, que dalle, zéro», s’emporte Daniel Ek. D’après le site The Trichordist, Spotify a versé l’an dernier en moyenne 0,3 couronne (0,03 euro) par titre écouté. A titre de comparaison, la valeur des actions de Daniel Ek et Martin Lorentzon attendrait respectivement 1,6 et 2 milliards de couronnes (160 et 200 millions d’euros), selon le quotidien financier suédois Dagens Industri.