Violences sexuelles: Judith Godrèche plaide au Sénat pour une réforme du cinéma

142

Judith Godrèche a plaidé jeudi devant les sénateurs pour une réforme du cinéma afin de protéger les jeunes actrices des violences sexuelles, et a élargi son combat à l’ensemble des enfants victimes d’inceste ou d’agressions. Devenue la figure de proue de la lutte contre les violences sexuelles sur les enfants depuis qu’elle a porté plainte contre les cinéastes Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour faits remontant à son adolescence, l’actrice était entendue par la délégation au droit des femmes du Sénat. Une première pour une artiste, et l’occasion de donner un relais politique à son combat, six jours après son discours à la cérémonie des César. «Je me permets de vous demander de constituer une commission d’enquête sur les violences sexuelles et sexistes dans le milieu du cinéma», a déclaré celle qui décrit le 7e art comme «une famille où on ne peut pas dénoncer, où on ne sait pas à qui parler». Pour que ne se reproduise plus les viols et violences qu’elle dit avoir subi à partir de ses 14 ans de la part de réalisateurs qui la faisaient tourner, «il faut qu’il y ait tout un système de protection mis en place (autour des enfants), et qu’on arrête de faire semblant de ne pas savoir». Ses demandes: «imposer un référent neutre sur les tournages avec un mineur», indépendant de la production et formé, ne «jamais laisser seul un enfant sur un tournage», et renforcer les contrôles, par exemple lors des castings. Face à «l’emprise» de réalisateurs, «la présence des parents ne peut rien y faire», a estimé Judith Godrèche, qui a mis en cause la responsabilité des hommes et du patriarcat. Sans livrer de noms, Judith Godrèche a relayé des témoignages, comme ces 200 signalements de techniciennes qui auraient toutes «reçu un selfie avec une photo du sexe d’un réalisateur français», sans leur consentement. Elle a ciblé Dominique Boutonnat, le président du CNC, l’organisme qui encadre le 7e art français et demandé son «retrait». M. Boutonnat a été reconduit mi-2022, malgré sa mise en cause dans une affaire, pas encore jugée, d’agression sexuelle sur son filleul de 21 ans, des accusations qu’il conteste. Elle a dit avoir abordé le sujet avec la ministre de la Culture Rachida Dati : «elle m’a parlé de la présomption d’innocence. J’ai répondu que ce n’était pas la question, que c’était une question de symbole», le CNC étant en charge de la lutte contre les violences sexuelles dans le cinéma. Plus largement, Judith Godrèche a étendu son propos à l’ensemble des enfants victimes. «Cette famille incestueuse du cinéma n’est que le reflet de toutes ces familles» touchées par ces violences. Elle dit avoir reçu sur l’adresse électronique qu’elle a ouvert plus de 4.500 témoignages, et rendu un hommage appuyé au juge Edouard Durand, l’ancien dirigeant de la Ciivise, cette commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Devant les parlementaires, l’actrice a revendiqué une parole «politique» et militante, parce qu’»aujourd’hui, avec de la pédagogie et des lettres bien polies, on n’obtient rien». Les politiques se sont tenus pour l’instant plutôt à distance du mouvement qui fait trembler le 7e art français, avec des réactions parfois contradictoires. La ministre de la Culture Rachida Dati a dénoncé vendredi un «aveuglement collectif» qui «a duré des années» dans le milieu, deux mois seulement après que le président Macron a dit que Gérard Depardieu, mis en examen pour viols et agressions sexuelles, rendait «fière la France». Judith Godrèche doit-elle être reçue par ce dernier ? Le sujet a été évoqué avec Mme Dati. «J’ai demandé s’il voulait me recevoir pour faire une photo, ou pour vraiment discuter et prendre des décisions ? (…) Pour l’instant, je n’ai été contactée ni pour la photo ni pour la discussion», a-t-elle ironisé.