M. FIELD (France Télévisions) : «Avec la Présidentielle, nous renforçons la place du fact checking»

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Le service public se prépare à la Présidentielle et compte mettre les petits plats dans les grands. A l’issue d’un point presse organisé début mars dans les locaux de France Télévisions, média+ s’est entretenu avec Michel FIELD, Directeur de l’information du Groupe. Il est revenu sur les principaux dispositifs appliqués à ce rendez-vous démocratique. Rencontre.

MEDIA +

Comment avez-vous architecturé le dispositif de la Présidentielle sur France Télévisions ? Sur quels actifs vous appuyez-vous ?

MICHEL FIELD

Nous renforçons tout d’abord nos rendez-vous d’information qui existent de façon pérenne ainsi que nos journaux télévisés. Nous misons entre autres sur l’importance du «fact checking» et de la rencontre avec les Français. D’autre part, nous présidentialisons «L’émission politique» sur France 2 en laissant la place à un grand débat contradictoire à l’intérieur même du programme. Pour terminer, le groupe France Télévisions se prépare aux soirées électorales ainsi qu’à l’organisation des débats.

MEDIA +

Quelle est votre logique concernant l’organisation des débats ? En faire davantage que vos concurrents ?

MICHEL FIELD

Non,  pas nécessairement. Nous avons l’intention d’organiser un débat le 20 avril prochain, trois jours avant le scrutin du premier tour dans l’égalité parfaite des temps de parole que la loi nous oblige à respecter. Puis nous mettrons en place un débat d’entre deux tours, le 4 mai 2017, avec les deux candidats finalistes.

MEDIA +

Avez-vous une véritable envie de collaborer avec TF1 sur les débats ?

MICHEL FIELD

Nous avons toujours tendu la main à TF1. Nous sommes toujours très ouverts aux potentielles collaborations. De temps en temps, la Une nous tend la main, d’autres fois pas du tout.

MEDIA +

France 2 organisera deux «nuits présidentielles» le soir des élections. Est-ce un moyen de marquer votre différence ?

MICHEL FIELD

En organisant ce type d’événements, je pense en priorité à l’intérêt des téléspectateurs. Dans une élection présidentielle qui pourrait vraisemblablement être assez inédite dans ses résultats, il pourrait y avoir une grande envie de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Avec l’ensemble des documents que France Télévisions a pu produire à la fois sur les personnalités politiques, les grands débats et l’histoire des présidentielles, nous avons largement de quoi animer deux nuits les dimanches 23 avril et 7 mai prochains, à l’issue des deux tours. Nous serons accompagnés de spécialistes de Science Po avec qui nous allons collaborer. France 2 pourrait aussi partager son antenne avec franceinfo si le CSA nous y autorise.

MEDIA +

BFMTV a émis l’idée d’un «pool» entre les différentes chaînes pour couvrir les meetings des candidats. Quelle est la position de France Télévisions ?

MICHEL FIELD

Nous avons en effet été approchés par eux, et nous allons étudier cette proposition. Si nous pouvons à la fois capitaliser sur nos forces communes, assurer une diminution des coûts et avoir une approche journalistique de ces captations, je suis totalement d’accord. Aujourd’hui, les images fournies par les candidats lors des meetings sont souvent celles que nous récupérons à l’antenne. Il y a un vrai problème déontologique. Journalistiquement, c’est insupportable.

MEDIA +

Que faites-vous pour y remédier ?

MICHEL FIELD

D’emblée, nous indiquons continuellement à l’antenne «images fournies par les candidats», ce que certaines chaînes d’information ne font pas systématiquement.

MEDIA +

Face à l’utilisation des sondages, particulièrement décriée ces derniers temps, quelle est votre position ? 

MICHEL FIELD

Concernant la place des enquêtes d’opinion, j’ai demandé à nos rédactions de mettre la pédale douce sur les sondages préélectoraux. Nous devons privilégier les sondages qualitatifs reposant davantage sur des entretiens. En ce sens, France Télévisions a établi un partenariat avec le Cevipof pour réaliser trois vagues de sondages régionalisés avant le premier tour.

MEDIA +

Plus globalement, l’audience des journaux de France 2 se rapproche de celle de TF1. Réduire cet écart est-il une obsession ?  

MICHEL FIELD

Cela a été l’obsession de beaucoup de mes prédécesseurs, mais pas vraiment la mienne. En revanche, c’est toujours un petit plaisir lorsque notre JT passe devant. Je fais travailler les équipes en fonction du contenu des journaux et des missions de service public. Evidemment, dès lors que nous faisons de la qualité et que l’audience est au rendez-vous, c’est très gratifiant.